Culture

“Le Joueur d’échecs“, une partie gagnée de main de maître !

Actuellement à Paris au Théâtre Rive Gauche la pièce “Le Joueur d’échecs“, tirée de l’œuvre de Stefan Zweig. Adaptation Eric-Emmanuel Schmitt, mise en scène de Steve Suissa, avec Francis Huster.

Par Catherine Gary





On le sait maintenant, la culture ne préserve pas de la barbarie et sur la colline d'Ettersberg près de Weimar, là où vécurent Goethe, Schiller, Liszt et Bach, se dresse encore la mémoire des morts de Buchenwald...

En 1943, Zweig tente néanmoins de résister au désespoir qui l’envahit quand les rafles nazies se multiplient. Il quitte en bateau l’Autriche pour le Brésil avec Lotte, sa femme, dans l’espoir de trouver un semblant de paix et l’énergie nécessaire à la poursuite de son œuvre de romancier. Mais le sursaut est de courte durée et la réponse arrive, sans appel face à ce qui lui semble alors la négation d’une vie d’écrivain toute entière tournée vers l’humain. Le dernier acte est très bref. Il se donne la mort avec sa compagne et ne verra pas la publication du Joueur d’échecs, écrit quelques semaines avant. C’est dans cet esprit qu’il faut comprendre la confession à peine déguisée que représente cette ultime partie d’échecs.
 
 

Une table basse, un jeu d’échecs, un homme, le narrateur. Disons Zweig lui-même dans la pénombre du soir, sur un bateau en pleine mer. (Crédit photo Fabienne Rappeneau)
Une table basse, un jeu d’échecs, un homme, le narrateur. Disons Zweig lui-même dans la pénombre du soir, sur un bateau en pleine mer. (Crédit photo Fabienne Rappeneau)
Une table basse, un jeu d’échecs, un homme, le narrateur. Disons Zweig lui-même dans la pénombre du soir, sur un bateau en pleine mer.



Le récit commence par la rencontre de Csentovic, un champion du monde des échecs jusqu’alors invaincu, homme vaniteux bien qu’inculte et d’un contact glacial. Un Anglais se présente à lui pour une partie qu’il finit par accepter avec mépris, ne doutant pas de l’inégalité du jeu qui s’annonce. C’est alors qu’entre en scène Monsieur B. venant en aide à cet adversaire malchanceux et voilà qu’en quelques coups rapides il renverse le rapport de forces, la fin se soldant par un match nul. Un duel serré s’engage alors dans la revanche demandée par Csentovic mais alors, Monsieur B s’échauffe,  tout en répliquant avec virtuosité. Ses yeux frôlent le délire tandis qu’il bouge ses pions comme s’il connaissait d’avance toutes les combinaisons possibles. Qui donc est cet homme, comment expliquer sa démence et son génie ? C’est le fond de ce récit en abîme qui nous apprend ce que fut sa vie.
 

Francis Huster, seul en scène, nous fait toucher ici l’aspect autobiographique de l'oeuvre de Zweig qui tenta d’opposer la culture à la barbarie mais qui finit par s’effondrer.(Crédit photo Fabienne Rappeneau)
Francis Huster, seul en scène, nous fait toucher ici l’aspect autobiographique de l'oeuvre de Zweig qui tenta d’opposer la culture à la barbarie mais qui finit par s’effondrer.(Crédit photo Fabienne Rappeneau)
Pour faire vivre la quasi-totalité de ce livre ultime que Stefan Zweig envoya par la poste à son éditeur la veille de sa mort, Francis Huster est seul en scène.

Passant tour à tour du rôle de narrateur, s’adressant parfois à Lotte, sa femme lors d’apartés librement inspirés par la version théâtrale d’Eric-Emmanuel Schmitt, il est celui qui observe les va-et-vient du bateau qui prend le large. Découverte d’abord du champion aux allures de rustre, puis arrivée de Monsieur B.... Il se glisse alors dans un jeu schizophrénique, un état second reflétant le mal être de cet homme rendu fou par les nazis et en partie sauvé par un livre dérobé, un simple jeu d’échecs... Francis Huster nous fait toucher ici l’aspect autobiographique de cette œuvre qui tenta d’opposer la culture à la barbarie mais qui finit par s’effondrer. Par bonheur demeure la profusion d’un travail d’écrivain entièrement tourné vers les questionnements sur l’humain. Le comédien fut aussi dans ce même théâtre le père dans Le Journal d’Anne Franck. C’est dire que ce débat sur l’humain contre la barbarie résonne en lui. Et en nous aussi durant cette heure exemplaire et cette belle leçon de vie d’artiste !
 

Plus d'infos

“Le Joueur d’échecs“, une partie gagnée de main de maître !
Le Joueurs d’échecs, de Stefan Zweig
Adaptation d’Eric-Emmanuel Schmitt
Mise en scène de Steve Suissa
Avec Francis Huster






Actuellement au





Théâtre Rive Gauche
6 Rue de la Gaité,
75014 Paris
Réservation : 01 43 35 32 31


 

Actuellement à Paris au Théâtre Rive Gauche la pièce  “Le Joueur d’échecs“, tirée de l’œuvre de Stefan Zweig. Adaptation Eric-Emmanuel Schmitt, mise en scène de Steve Suissa, avec Francis Huster. (Crédit photo Fabienne Rappeneau)
Actuellement à Paris au Théâtre Rive Gauche la pièce “Le Joueur d’échecs“, tirée de l’œuvre de Stefan Zweig. Adaptation Eric-Emmanuel Schmitt, mise en scène de Steve Suissa, avec Francis Huster. (Crédit photo Fabienne Rappeneau)


19/12/2014
Catherine Gary





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