Reportage

Saintes - L'Abbaye aux Dames, une Cité musicale pas comme les autres

Dans ces hauts lieux fondés en 1047, les puissantes moniales portaient la crosse, frappaient monnaie et faisaient prospérer leurs terres. Un millénaire plus tard, c’est la musique qui règne en maître sous les voûtes de ces monuments chargés d’histoire.

Par Catherine Gary



“Voyage sonore“ à travers l'abbaye  © Sébastien Laval
“Voyage sonore“ à travers l'abbaye © Sébastien Laval
En franchissant le porche vous êtes saisi par l’harmonie et la simplicité qui règnent en ces lieux calmes à deux pas de la tranquille Charente qui va se fondre dans la mer à Rochefort. 

De gauche à droite : Le porche de style roman saintongeais de l'abbatiale Sainte Marie.  © C.Gary ;  Détail du porche. La main de Dieu entourée d'anges.   © C.Gary
De gauche à droite : Le porche de style roman saintongeais de l'abbatiale Sainte Marie. © C.Gary ; Détail du porche. La main de Dieu entourée d'anges. © C.Gary
Labbaye aux Dames, seconde de France après Fontevraud au XVIIè siècle

Sous la haute silhouette romane de la tour cylindrique et son toit conique coiffé d’écailles de pierre, l’abbatiale Sainte Marie, style Saintongeais, vous accueille dans sa nef de pierre blanche aux chapiteaux historiés.

On commence par admirer son porche à l’exceptionnel décor sculpté où les frises végétales alternent avec un décorum biblique finement sculpté : au sommet, la main de Dieu s’entoure d’anges tandis que plus bas se succèdent les scènes de l’Ancien Testament et que cinquante-quatre vieillards de l’Apocalypse jouent de la harpe comme en clin d’œil à la vocation future de ces lieux à l’acoustique parfaite pour la musique baroque. A son apogée, l’abbaye compte 100 moniales et se dédie à l’instruction des jeunes-filles de bonne famille comme la marquise de Montespan et, au fil du temps, devient l’un des plus puissants monastères de femmes d’Aquitaine. Mais victime comme tant d’autres des conflits qui ensanglantent la France elle n’est plus que l’ombre d’elle même quand, après la Révolution, elle est transformée en prison puis en caserne. Rendue au culte en 1929, l’abbaye va renaître de ses cendres peu à peu grâce à la restauration progressive de ses différents bâtiments. Et en 1972, elle reprend vie, convertie en une étonnante Cité musicale. Les trente-trois cellules des moniales sont devenues des chambres d’hôtel à plafonds voûtés, planchers anciens et minimalisme revendiqué. Disposées le long d’un vaste couloir, elles vous immergent dans le silence précédent l’écoute de musiques anciennes. Idéale pour les jeunes élèves qui viennent ici recevoir leur formation musicale, elles sont accessibles aussi aux visiteurs de l’abbaye, touristes ou festivaliers.

Le Carrousel musical. © Sébastien Laval
Le Carrousel musical. © Sébastien Laval

De gauche à droite : Un drôle de chef d'orchestre dirige l'orchestre improvisé.© C.Gary ; On choisit sont instrument électronique. Ici les Cordes. © Sebastien Laval
De gauche à droite : Un drôle de chef d'orchestre dirige l'orchestre improvisé.© C.Gary ; On choisit sont instrument électronique. Ici les Cordes. © Sebastien Laval
Musicaventure, des expériences sensorielles connectées dont le nouveau Carrousel musical
 
Les technologies de pointe sont très présentes à la Cité musicale et font des propositions originales de découverte en musique et de création à la fois façon ludique et pédagogique, quel que soit l’âge.

C’est le cas de la nouvelle installation dressée comme une pomme de pain géante et métallique dans la cour, ce Carrousel musical inauguré en avril dernier. Un “instrumentarium“ numérique conçu en collaboration avec l’architecte des bâtiments de France et le conservateur régional. Sous sa coque de miroirs argentés se dresse le Bazilik, un dragon dont le corps en malaca enlace les différents instruments électroniques devant lesquels chacun s’installe selon son choix au son d’une musique électroacoustique. Tandis que tourne le manège, un drôle de chef d’orchestre encourage de sa baguette les participants à harmoniser soufflets, percussions, accordéons, harpes, cordes pour composer un morceau de musique dans une ambiance foraine et poétique digne d’un Tim Burton. Au final un logiciel restitue la mélodie obtenue tandis que s’anime au-dessus des têtes une vaste lanterne magique.

Le Carrousel musical pour le plaisir des grands et des petits. © C.Gary
Le Carrousel musical pour le plaisir des grands et des petits. © C.Gary
 
 

De gauche à droite  :  “Voyages sonores“  © Sébastien Laval ; Le Bazilik et la lanterne magique © C.Gary
De gauche à droite : “Voyages sonores“ © Sébastien Laval ; Le Bazilik et la lanterne magique © C.Gary
Voyages sonores et Concerts spatialisés pour unir musique et patrimoine 
 
Casque sur les oreilles et boîtier numérique en main, l’exploration des lieux commence.

Pour les Voyages spatialisés deux choix sont possibles : un son 3D “Initiatique“ axé surtout sur la musique et un son 3D “Héroïque“ qui insiste aussi sur l’histoire de l’abbaye. Douze stations indiquées par des flèches pour un parcours facile vous mènent depuis les jardins jusqu’à l’intérieur de l’abbatiale. Sans oublier les chambres des nones, la salle capitulaire et l’escalier en colimaçon qui grimpe jusqu’à la tour pour une vue plongeante sur Saintes qu’il faudra découvrir ensuite pour un patrimoine exceptionnel qui remonte à l’époque romaine. La musique et les voix qui content, chuchotent et chantent à votre oreille vous transportent dans un monde enchanté. Casque encore et boîtier numérique vous sont proposés pour assister aux Concerts spatialisés dans la tribune de l’abbatiale Sainte Marie. Une façon de revivre en différés et en son 3D les grands concerts du Festival de Saintes à l’Abbaye aux Dames qui a lieu ici chaque été.

Balade dans les jardins de l'abbaye .© C.Gary
Balade dans les jardins de l'abbaye .© C.Gary
Le Festival de Saintes à la Cité musicale, du 13 au 21 juillet
 




Depuis 45 ans ce festival de musique ancienne fait vibrer l’Abbaye aux Dames. Il lui a redonné vie après ses années d’abandon et de dégradation et ne cesse d’y évoluer.

Toujours fidèle à Bach et à la musique baroque, il fait preuve d’une plus grande liberté de ton chaque année et s’ouvre à d’autres inspirations musicales dont certaines résolument contemporaines sous la direction artistique de Stephan Maciejewski.

Trente-cinq concerts sont prévus cette année, des ateliers, des conférences et des répétitions auxquelles le public peut assister.

Les compositeurs britanniques seront cette fois à l’honneur et la voix sera plus que jamais présente avec Lea Desandre, Deborah Cachet, le Banquet Céleste, Vox Luminis pour les cantates de Bach et la Maîtrise de Radio France.
 

Le Batiâ, un restaurant sur la Charente..© C.Gary
Le Batiâ, un restaurant sur la Charente..© C.Gary
Plus d'infos

Abbaye aux Dames, la cité musicale
11, place de l’Abbaye

www.abbayeauxdames.org
Visites de l’Abbaye 
www.abbayeauxdames.org/visite-de-labbaye/
Festival de Saintes 
www.festivaldesaintes.org

Dormir à l’Abbaye
33 chambres aménagées dans les anciennes cellules monacales
Prix : à partir de 44 euros selon la saison
Contact : 
reservations@abbayeauxdames.org

Se restaurer :
Le Batiâ, un restaurant gastronomique dans une péniche amarrée sur la Charente. Déco contemporaine et jolie vue sur le fleuve, à proximité de l’Arc de Germanicus érigé en 18 ap. J-C sous Tibère. Agréable promenade ensuite le long des berges.

www.lebatia.fr
Les Saveurs de l’Abbaye. Juste à l’entrée de l’abbaye et donc idéale au moment du Festival. Cuisine inventive et légère qu’il est possible de déguster en terrasse.
www.saveurs-abbaye.com

De gauche à droite : L'arc de Germanicus érigé en 18 ap. J-C. © C. Gary ; Le Carousel musical face à la tour romane de l'abbatiale Sainte Marie. Un joyeux contraste.  © Sebastien-Laval
De gauche à droite : L'arc de Germanicus érigé en 18 ap. J-C. © C. Gary ; Le Carousel musical face à la tour romane de l'abbatiale Sainte Marie. Un joyeux contraste. © Sebastien-Laval
​Le Festival de Saintes  , avec le Jeune Orchestre de l'Abbaye aux Dames




Un programme d'éducation artistique et le site historique de l'abbaye en sont les piliers et la source de rayonnement.

La cité musicale est à la fois un lieu de formation pour les musiciens du monde entier, un lieu de spectacle et de création musicale, un lieu de spiritualité, d'hospitalité et de découvertes artistiques.


06/06/2018
Catherine Gary





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