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 <title>lindigo-mag.com</title>
 <subtitle><![CDATA[L’Indigo, e-magazine du tourisme responsable. Un regard différent, original et inédit sur le Voyage. Explore des directions, des thèmes, des cultures peu ou mal connus.]]></subtitle>
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 <updated>2026-08-10T06:28:14+02:00</updated>
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   <title>A l'écoute du monde......Genève, le miroir des passions européennes.</title>
   <updated>2012-02-05T18:29:00+01:00</updated>
   <id>https://www.lindigo-mag.com/A-l-ecoute-du-monde-Geneve-le-miroir-des-passions-europeennes_a143.html</id>
   <category term="Chronique" />
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   <published>2012-02-05T18:17:00+01:00</published>
   <author><name>Yves Rinauro</name></author>
   <content type="html">
    <![CDATA[
L’hiver nous est tombé dessus, presque en retard sur nos attentes. L’air semble une draperie de glaces, n’eût été ce soleil intense qui fait plisser les yeux. C’est sans doute le moment de retrouver cette ville de Genève, laissée lors de la dernière chronique dans la soirée tombante sur le parc des Bastions. C’est le moment de saluer les ombres qui traversent ses nuits à pas hésitants.  Par Yves Rinauro     <div style="position:relative; float:left; padding-right: 1ex;">
      <img src="https://www.lindigo-mag.com/photo/art/default/3776300-5625385.jpg?v=1328456135" alt="A l'écoute du monde......Genève, le miroir des passions européennes." title="A l'écoute du monde......Genève, le miroir des passions européennes." />
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      Au Musée d’art et d’histoire de<a class="link" href="http://  www.ville-ge.ch/"> Genève</a>, il faut avoir vu <strong><em>La Pêche miraculeuse </em></strong>de <strong><a class="link" href=" http://fr.wikipedia.org/wiki/Konrad_Witz">Konrad Witz</a>,</strong> peint vers 1444, et que beaucoup considèrent comme le premier tableau de l’histoire de la peinture européenne représentant un paysage de façon réaliste. Ce n’est sans doute pas tout à fait exact. Ce qui est particulièrement intéressant est bien que même si le paysage s’est urbanisé, il demeure reconnaissable immédiatement : un bout du Salève, le massif des Voirons, au centre le Môle, et le massif du Mont-Blanc, dont c’est bien semble-t-il, la première représentation picturale. Ce tableau frappe par son extrême étrangeté : la scène du miracle semble comme plaquée dans ce paysage pourtant reconnaissable entre tous qui devient quelque peu mystérieux lui même alors que les personnages sont représentés de façon, eux réaliste. Les disciples sont tendus par l’effort, Pierre s’est jeté à l’eau, la brise fait onduler la cape du Christ. La ville elle-même est à l’extérieur du tableau : on n’en voit que quelques maisons sur pilotis, les faubourgs gagnés sur le lac. Cette étrangeté ne cesse d’interroger le spectateur du tableau, où les ombres se confondent avec le reflet des êtres et des lieux. N’est-ce pas là, déjà, une préfiguration ?
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      <img src="https://www.lindigo-mag.com/photo/art/default/3776300-5625413.jpg?v=1328461882" alt="A l'écoute du monde......Genève, le miroir des passions européennes." title="A l'écoute du monde......Genève, le miroir des passions européennes." />
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      <strong><em>La Pêche miraculeuse</em> </strong>est également un roman publié en 1937 par <a class="link" href="http://homepage.mac.com/chemla/fic_doc/pourtales.html"><strong>Guy de Pourtalès</strong>.</a>  Cette fresque sociale raconte la vie à Genève depuis le début du XXème siècle, au travers du destin de quantité de personnages, et donne des pistes particulièrement subtiles quant à la compréhension du processus qui a conduit à l’enrichissement sans mesure, notamment les trafics de toutes sortes, et la violence dans l‘intime qui défait les histoires individuelles. Le héros parvient à se détacher de l’alternative entre le conservatisme calviniste des patriciens de la ville haute et le libéralisme des parvenus des rues basses : il choisit de devenir musicien, et de renouer avec cette longue histoire de l’humanisme que la course aux profits, générés en particulier par la guerre, a quelque peu occultée. <br />  C’est une autre Genève qui apparaît alors au devant de la scène, à la brillance opacifiée par l’acrimonie et la méchanceté, le repli sur soi qui n’est pas l’intime, mais la recherche éperdu d’un conformisme qui finit par paraître sans objet, tant il n’est que l’expression de la mesquinerie. Et Pourtalès, européen convaincu avant la lettre, observe à cette date l’effondrement des valeurs de l’humanisme en Italie, en Allemagne. Il raconte aussi comment la construction de l’immense palais des Nations, celui de la S.D.N. est l’objet de spéculations intenses. <br />   <br />  
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      <img src="https://www.lindigo-mag.com/photo/art/default/3776300-5625416.jpg?v=1328458505" alt="A l'écoute du monde......Genève, le miroir des passions européennes." title="A l'écoute du monde......Genève, le miroir des passions européennes." />
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      Cette part de l’ombre genevoise, il n’est pas le seul à en percevoir les faux semblants:&nbsp; <a class="link" href="http://www.fondationmemoirealbertcohen.org/">Albert Cohen</a>  en fait même un des centres de son roman célébrissime, <em>Belle du Seigneur&nbsp;</em>: le couple des Deume, au début du roman, incarne cette limitation du désir, comme l’arrière-plan social genevois, particulièrement terne, et pourtant travaillé dans son corps par le désir éperdu. Le voyageur qui de nos jours s’empare des quotidiens genevois sera encore étonné par la place importante des annonces réservées aux «&nbsp;services sexuels&nbsp;». La Suisse n’est ni abolitionniste ni prohibitionniste, juste réglementariste. On a prononcé à cet égard le mot fabuleux d’Eldorado. Sans doute, Genève ne relève pas d’un cas exceptionnel. Elle a elle aussi ses arrières cours, dans lesquelles elle reconnaît ses héros et ses héroïnes&nbsp;: <a class="link" href="http://fr.wikipedia.org/wiki/Grisélidis_Réal">Grisélidis Réal</a>, est ainsi enterrée dans le petit <em>«&nbsp;Cimetière des Rois&nbsp;»</em>, un de ces lieux qu’il faut savoir aussi retrouver au cœur de la ville. Les cendres de la péripatéticienne, auteure de <em>La passe inachevée</em>, reposent dans la même terre que celle de l’austère Calvin, ou de Musil, l’auteur de <em>L’Homme sans qualité</em>. Genève est l’une et l’autre. Rigorisme et volupté, contrainte et échappée belle. La banque massive et austère, et <a class="link" href="http://www.ellamaillart.ch/bio_fr.php">Ella Maillart</a>  la voyageuse, celle qui va de Genève à Kaboul dans une vieille Ford, avec la zurichoise<a class="link" href="http://www.annemarieschwarzenbach-themovie.ch/"> Anne-Marie Scharzenbach</a>, l’écrivaine qui inspira à <a class="link" href="http://fr.wikipedia.org/wiki/Carson_McCullers">Carson Mc Cullers</a>  la passion qu’elle raconte dans <em>Reflets dans un œil d’or</em>. De ce voyage, Ella Maillart fera ce livre exceptionnel, lui aussi un peu oublié, <em>La Voie cruelle</em>. Qui a dit que c’était d’abord par les livres que l’on voyageait&nbsp;? <br />   <br />   <br />  
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      <img src="https://www.lindigo-mag.com/photo/art/default/3776300-5625427.jpg?v=1328457304" alt="A l'écoute du monde......Genève, le miroir des passions européennes." title="A l'écoute du monde......Genève, le miroir des passions européennes." />
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      Ce paradoxe constant que cette ville semble propice à cultiver, on le retrouve mezzo voce dans <em><strong>La Jeune fille&nbsp; aux pieds de sirène</strong></em>, récemment paru chez Fluhaut. Il faut se dépêcher, car il n’y a pas beaucoup d’exemplaires.&nbsp;<a class="link" href="http://www.broguiere.com/hureau.htm"> <strong>Nathalie Hureau</strong></a>, son auteure, a longtemps travaillé dans le cinéma, particulièrement à l’écriture du montage. Cette jeune fille qui parle, et qui est bizarrement constituée, tente de survivre, assise sur un banc du parc des Bastions, en face des grands barbus austères. Un poulpe est logé – lové ?- dans son estomac, pèse dans le corps de la petite fille qui se demande qui elle est vraiment. Ce poulpe n’est pas venu par hasard. C’est un émule par exemple de la professeur de piano, qui « <em>hurle à chaque fois la note. La bonne note. Celle que j’aurais dû jouer .Mais que je ne joue pas. Elle hurle cette note à hauteur de mon oreille. Saisit mon doigt fautif. Et en frappe la touche correcte. Madame P. M’écrase la phalangette pendant que sa voix me paralyse </em>». Elle nous emmène dans un voyage intérieur, en compagnie de son chat, Asparagus. Tous deux rêvent, se promènent, regardent avec attention la nature, écoutent attentivement les chants des oiseaux, se laissent caresser par les herbes, se glissent vers les ruisseaux, s’exercent à la rumination de la contrainte et de l’enfermement, en admirant les vaches dans les alpages. <br />   <br />   <br />   <br />   <br />   <br />  
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      <img src="https://www.lindigo-mag.com/photo/art/default/3776300-5627823.jpg?v=1328458881" alt="A l'écoute du monde......Genève, le miroir des passions européennes." title="A l'écoute du monde......Genève, le miroir des passions européennes." />
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       <br />  Mais Julie lentement parvient aussi à se redresser, à faire le chemin vers l’autre qui vient à sa rencontre. C’est un très beau roman, très lent, très proche des moindres émotions de la jeune fille, aux différents âges de son enfance et de son épanouissement. Et c’est surtout une belle écriture, au plus près de l’intime, qui nous est offerte ici. <br />  Alors, sans doute, les draperies assez sombres des arrières cours de la ville au bout du lac sont désormais perceptibles. Genève est d’une clarté quelque peu obscure. C’est aussi en cela que la ville demeure encore magique, malgré l’urbanisation démesurée qui a transformé ses campagnes riantes en autant de villes satellites, souvent assez moches, il faut le reconnaître. Il faut veiller à en capter le déséquilibre incessant, la haute tenue comme la bassesse. En cela Genève est un peu le miroir des passions européennes. <br />   <br />  Y.R. <br />   <br />   <br />  <strong>A lire <br />   <br />   <br />  <em>La Jeune fille&nbsp; aux pieds de sirène </em></strong>de Nathalie Hureau <br />  Fluhaut Edition <br />   <br />  
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      <img src="https://www.lindigo-mag.com/photo/art/default/3776300-5628389.jpg?v=1328462288" alt="A l'écoute du monde......Genève, le miroir des passions européennes." title="A l'écoute du monde......Genève, le miroir des passions européennes." />
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   <title>A l'écoute du Monde.....Genève en hiver, pour se souvenir de l’Europe</title>
   <updated>2012-03-19T09:20:00+01:00</updated>
   <id>https://www.lindigo-mag.com/A-l-ecoute-du-Monde-Geneve-en-hiver-pour-se-souvenir-de-l-Europe_a132.html</id>
   <category term="Chronique" />
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   <published>2012-01-05T00:41:00+01:00</published>
   <author><name>Yves Rinauro</name></author>
   <content type="html">
    <![CDATA[
Genève à découvrir ou à redécouvrir au travers du prisme d’Yves Rinauro.     <div style="position:relative; float:left; padding-right: 1ex;">
      <img src="https://www.lindigo-mag.com/photo/art/default/3612372-5243341.jpg?v=1325718775" alt="A l'écoute du Monde.....Genève en hiver, pour se souvenir de l’Europe" title="A l'écoute du Monde.....Genève en hiver, pour se souvenir de l’Europe" />
     </div>
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      Qui ne connaît pas<a class="link" href="http://www.geneve-tourisme.ch/"> Genève</a>, manque à se réjouir d’une géographie qui brille un peu comme un mirage. Qui ne connaît pas Genève, ne connaît pas vraiment l’Europe. Genève est une ville ouverte, et une sorte de grand entonnoir&nbsp;: à la pointe du lac, radieuse l’été, sous le soleil intense&nbsp; dont les rayons semblent glisser sur l’eau viride et se difracter sur le Vuache, les Voirons et les deux Salèves, avant de resplendir sur les Alpes et le Jura, la brise légère incite à la méditation, bercée par le clapotis de l’eau qui s’alanguit sur la Perle du Lac, qu’il faut préférer au parc des Bergues. Le jet d’eau vient donner comme un air de grand bassin à ce paysage qui égaie les regards, et confère à cette méditation un rien d’énergie. Les bateaux fument en partance vers les villes du lac, et les vedettes invitent le voyageur à prendre le frais, le temps de la traversée de la rade. <br />   <br />  On n’évoquera qu’en passant les banques, et ces temples de la consommation de toutes les camelotes de luxe dont la richesse sait avoir besoin. Genève, c’est aussi cela, on le sait. Et le touriste un peu béat promène son avidité devant les vitrines rutilantes, tout en devisant gravement sur l’étalage des métaux précieux. La foule badaude alors dans les rues encombrées de rêves disgracieux.&nbsp; <br />   <br />  Mais comme le rappelle Godard dans son admirable<a class="link" href="http:// www.dailymotion.com/.../xkmi1q_lettre-a-jlg_creation"> <em>Lettre à Freddy Buache</em></a>, un court film consacré à Lausanne et que l’on peut retrouver sur l’internet, dans la ville, il y a des villes. Genève est aussi avant tout une ville de culture, aux musées vivants, une ville de musiciens et de dramaturges. Une ville d’écrivains&nbsp;:<em> «&nbsp;De toutes les villes du monde, de toutes les patries intimes qu’un homme cherche à mériter au cours de ses voyages, Genève me semble la plus propice au bonheur&nbsp;»</em>, écrivait naguères Borgès. Ce n’est pas mince, et cela doit nous inciter aussi de ne pas faire les touristes, un peu bêtes, mais bien d’aiguiser notre propre regard comme celui de voyageurs. Un rien modifie la posture et le regard, mais ce rien est essentiel. <br />  
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      <img src="https://www.lindigo-mag.com/photo/art/default/3612372-5243349.jpg?v=1325718835" alt="A l'écoute du Monde.....Genève en hiver, pour se souvenir de l’Europe" title="A l'écoute du Monde.....Genève en hiver, pour se souvenir de l’Europe" />
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       <br />   <br />  Et il y a une autre Genève, sans doute moins rappelée, plus rarement évoquée. C’est la ville en hiver.&nbsp; Un ciel plombé de gris pris dans la nasse de la vallée du Rhône, et voici la ville terne et brumeuse, froide et humide. C’est le moment idéal à mon sens pour aller rendre visite au mur des Réformateurs, dans le parc des Bastions&nbsp;: c’est la monumentale représentation de ces hommes au regard – pas seulement le regard&nbsp;! – austère et qui ont fait de cette ville sans doute aussi une ville de culture, exigeant une adhésion sans partage des citoyens à la Réforme. Le prix payé est lourd, autant que le caractère monumental des statues de Guillaume Farel, Jean Calvin, Théodore de Bèze et John Knox, qui regardent le voyageur, un peu transi dans cet après-midi de décembre. Ils regardent aussi et surtout le bâtiment qui est en face, l’Université, et semblent comme en sentinelle devant les immeubles patriciens qui les surplombent. <br />   <br />   <br />  &nbsp;
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      <img src="https://www.lindigo-mag.com/photo/art/default/3612372-5243355.jpg?v=1325718921" alt="A l'écoute du Monde.....Genève en hiver, pour se souvenir de l’Europe" title="A l'écoute du Monde.....Genève en hiver, pour se souvenir de l’Europe" />
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      Cette Université qui leur fait face demeure un des foyers de la pensée européenne. <a class="link" href="http://fr.wikipedia.org/wiki/Jean_Starobinski">Jean Starobinski </a>  y a enseigné jusqu’en 2005. Recevant en 2010 le Prix pour la Fondation pour Genève, il prononce une conférence éditée depuis, chez Zoé&nbsp;: <em>Notre seul, notre unique jardin</em>. Il y rappelle ce qu’a été l’école de Genève&nbsp;: Albert Béguin, Marcel Raymond, Jean Rousset et lui-même, tous brillants essayistes, particulièrement lumineux dans les domaines qu’ils ont abordés. De Rousseau à Stendhal, du baroque au romantisme allemand, ils ont donné un tour à l’interprétation dont les lecteurs du monde entier demeurent encore les destinataires éblouis. Dans sa réponse, <a class="link" href="http://fr.wikipedia.org/wiki/Pierre_Nora">Pierre Nora</a>  parvient à saisir ce qui compte dans l’écriture de Starobinski&nbsp;: <em>«&nbsp;Distance critique, empathie sans complaisance, c’est ce qui fait votre travail éternellement réflexif et jamais approximatif, ni narcissique&nbsp;».&nbsp; </em>Ce dernier qualificatif est antipathique au calvinisme, on le sait. Starobinski est bien un humaniste genevoix&nbsp;: son père était arrivé de Pologne en 1913, et il avait quitté son pays à l’horizon bouché, parce qu’il était juif et ne pouvait accéder à des fonctions officielles. Il avait rencontré sa femme à Genève. Elle était née à Lublin, avait quitté elle aussi le sol natal. Genève a su retenir en elle ce souffle venu d’ailleurs et qu’elle a été en mesure d’entendre et de laisser s’épanouir. En ces temps de chasse aux étudiants étrangers, en France, voici une leçon qu’il convient peut-être d’entendre. Je m’égare. <br />  &nbsp; <br />  
     </div>
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     <div style="position:relative; float:left; padding-right: 1ex;">
      <img src="https://www.lindigo-mag.com/photo/art/default/3612372-5243370.jpg?v=1325719014" alt="A l'écoute du Monde.....Genève en hiver, pour se souvenir de l’Europe" title="A l'écoute du Monde.....Genève en hiver, pour se souvenir de l’Europe" />
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      Mais poursuivons un instant notre chemin en compagnie de ce court texte, qui éclaire d’un jour particulier cette froideur hivernale, et réchauffe la conscience. De l’humanisme qui est le sien, qu’il reprend à son compte, il rappelle dans la fin de sa conférence, consacrée essentiellement à la culture à Genève, et à son actualité vivante dans des rencontres mémorables, qu’elle s’origine sans doute dans une ancienne histoire. Rien ne sert mieux les idées que l’anecdote qui les rend vivantes. Elle concerne un humaniste un peu oublié maintenant,<a class="link" href="http://fr.wikipedia.org/wiki/Marc_Antoine_Muret"> Marc-Antoine Muret,</a>  à la réputation sulfureuse pour son temps (il fut plusieurs fois brûlé en effigie comme sodomite et hérétique). Allongé un jour sur un lit d’hôpital, il entend les médecins causer d’un de ses voisins, mal en point. Les médecins ne savent pas trop quoi faire de ce type qui n’est plus qu’une chose entre leurs mains. «&nbsp;<em>Faciamus experimentum in anima vila&nbsp;</em>»,&nbsp;faisons essai sur une âme vile&nbsp;», dit l’un d’entre eux. Ce n’est pas un hasard si les médecins parlent en latin. Un siècle après, Molière s’en gaussera encore. <br />   <br />  
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      <img src="https://www.lindigo-mag.com/photo/art/default/3612372-5243374.jpg?v=1325719184" alt="A l'écoute du Monde.....Genève en hiver, pour se souvenir de l’Europe" title="A l'écoute du Monde.....Genève en hiver, pour se souvenir de l’Europe" />
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      Entendant ces mots, Muret s’exclame&nbsp;: <em>«&nbsp;Comme si elle était vile, cette âme pour laquelle</em> <em>le Christ n’a pas dédaigné de mourir&nbsp;!</em>&nbsp;<em>»</em>. Ce n’est plus ici de la seule compassion, mais bien une réaction à l’égard du savoir technique et scientifique, quand il devient terreur. Ce que proclame Muret ici est bien que la science n’a pas d’argument pour interdire l’abus de son pouvoir car ce n’est pas du savoir scientifique que nous tenons la connaissance de nos devoirs. Starobinski rappelle que la scène est aussi racontée par Diderot. Elle est un de ces récits sources qu’il convient régulièrement de revisiter. <br />  &nbsp; Il importe de se remettre en mémoire ces histoires à l’heure où des apprentis sorciers semblent nous promettre un délitement inéluctable de la construction européenne. Cette Europe que nous ne cessons de construire, ni de recommencer à élaborer, et c’est nécessaire, ce sont aussi des lieux où, on a tendance à le passer sous silence ces derniers temps, l’horreur a dépassé le cadre de ses possibles. L’esclavage, l’extermination par la faim, la misère, le travail et le meurtre industriel, dessinent, on le sait, l’autre face de cet humanisme qui a peiné à contenir son revers, opaque jusqu’aux ténèbres les plus épaisses. Starobinski, homme sage, rappelle avec force le rôle prioritaire du respect de la vie&nbsp;: <em>«&nbsp;Il n’est pas admissible de considérer une personne humaine comme un moyen&nbsp;: elle est une fin, dans son existence, dans sa singularité et sa différence reconnues&nbsp;»</em>. <br />  Et pourtant, Genève aussi à son revers. <br />   <br />   <br />  
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      <img src="https://www.lindigo-mag.com/photo/art/default/3612372-5243395.jpg?v=1325719198" alt="A l'écoute du Monde.....Genève en hiver, pour se souvenir de l’Europe" title="A l'écoute du Monde.....Genève en hiver, pour se souvenir de l’Europe" />
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      Mais le voyageur a froid. Il a vu dans le parc des Bastions les tentes <a class="link" href="http://www.Tribune de Genève">des Indignés,</a> a parlé avec eux, et se rapproche de la patinoire installée devant le bar des Bastions, et des joueurs d’échecs, dont la chorégraphie semble accordée aux pulsations de la ville. Dans la salle délicieusement chauffée, il se délecte de quelques chopines de ce vin aux arômes de fruits frais, un rien teinté de minéral, des coteaux de Satigny, domaine situé au bout de l’entonnoir genevois. Un client musicien s’est installé au piano, et joue les <em>Gymnopédies</em> de Satie. Le soir tombe. Genève est vraiment une ville de culture. De sa part obscure, on s’entretiendra dans une prochaine chronique, car le vin se boit frais et n’attend pas. <br />   <br />  <strong>Yves Rinauro</strong> <br />  
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