Culture

“Un rapport sur la banalité de l’amour“ au Théâtre de la Huchette

Quand la jeune étudiante juive Hannah Arendt rencontre le philosophe Heiddeger, son professeur à l’université, elle est fascinée. Mais leur relation amoureuse sera marquée par l’impossibilité d’accorder leurs idées politiques en ces temps troublés Ce débat philosophique sur la difficulté d’accorder le cœur et la raison est le fil rouge de la pièce de Mario Diament. Mise scène André Nerman. Avec Maïa Gueritte et André Nerman au Théâtre de la Huchette à Paris.

Par Catherine Gary



Première rencontre dans le bureau du philosophe Heidegger (Photo Lot)
Première rencontre dans le bureau du philosophe Heidegger (Photo Lot)
En même temps qu’“Hannah Arrendt“, le film de Margarethe von Trotta traitant des idées exprimées par la philosophe lors du procès d'Eichmann,cette pièce apporte un éclairage complémentaire sur le caractère de cette femme remarquable.Il ne s’agit pas ici d’une biographie, soyons clairs, mais d’une fiction, comme le précise l’auteur en note préliminaire.En effet, comment imaginer qu’Hannah Arrendt  ait rendue publique (et, peut-être même, vécue) la passion violente qui lui est prêtée ici en écho à celle du philosophe Heidegger ? Cela dit, peu importe que l’auteur prenne ses aises avec la réalité dans l’expression flamboyante des sentiments exprimés sur scène .Pour cette pièce, il s’est sérieusement documenté, s’appuyant en particulier sur la correspondance entre ces deux protagonistes : l’écart est loin d’être total.

L’idylle débute en 1925 et sera suivie de nombreux échanges sur fond d’histoire tragique européenne. Quand la jeune étudiante rencontre son maître à l’université, sa personnalité est déjà affirmée. Fascinée par Heidegger, elle n’en est pas moins exigeante et rebelle.

Leur relation intellectuelle et amoureuse se noue malgré les différends idéologiques et politiques croissants exprimés par Hannah Arendt, au fur et à mesure des années. Et plus encore lorsque Heidegger, devenu recteur de l’Université de Fribourg, adhère au parti nazi, sans connaître certes l’horreur qui se trame dans les camps, mais en pensant qu’Hitler est en mesure de redresser le pays…Rien cependant ne pourra les désunir en raison, comme il est dit à la fin, du caractère profondément “amoral“ de l’amour…
 

La passion malgré l'impossibilité d' accorder leur vie et leurs idées. Heidegger s'inscrira au parti nazi (Photo Lot)
La passion malgré l'impossibilité d' accorder leur vie et leurs idées. Heidegger s'inscrira au parti nazi (Photo Lot)
C’est ce que montre la pièce dont le titre évoque la “banalité du mal“ défendue par Hannah Arrendt après qu’elle ait couvert le procès du nazi Eichmann. Mais ici, il ne s’agit que de la “banalité de l’amour“… En une succession de décors (bureau du professeur, chambre des amants, jardin public, chambre d’hôtel…), les deux comédiens incarnent avec force ces « deux génies de la pensée que rien n’épargne dans un monde traumatisé par les monstruosités de la barbarie nazie », selon le metteur en scène.


La pièce se déroule dans l’espace étroit du théâtre de La Huchette qui depuis une cinquantaine d’années continue très honorablement sa route en compagnie de la Cantatrice Chauve et de La Leçon de Ionesco.


L’exiguïté  de la scène est occupée par André Nerman (également metteur en scène) et Maïa Guéritte, habités tous deux par leur personnage. Leurs dialogues évoluent dans ce huis clos amoureux et complexe, passant de l’abandon passionné au violent réquisitoire orchestré par Maïa, très émouvante pendant cet échange qui dure presque deux heures.


Un spectacle de qualité, plein d’émotion qui  est aussi un retour sur un passé ne laissant personne indifférent. Un seul regret peut-être : que l’accent mis sur l’amoureuse chez Arendt l’emporte trop sur la réflexion de l’intellectuelle qui pensa son époque avec courage et contre les idées toutes faites.

C.G.
 

“Un rapport sur la banalité de l’amour“ au Théâtre de la Huchette
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Un rapport sur la banalité de l’amour
Au Théâtre de La Huchette

pièce de Mario Diament. Mise scène André Nerman.
Avec Maïa Gueritte et André Nerman



Du lundi au vendredi à 21 h, le samedi à 16h30.
reservation@theatre-huchette.com
 

"Un rapport sur la banalité de l'amour"  pièce de Mario Diament au Théâtre de la Huchette à Paris. Avec Maïa Gueritte et André Nerman (Photo Lot)
"Un rapport sur la banalité de l'amour" pièce de Mario Diament au Théâtre de la Huchette à Paris. Avec Maïa Gueritte et André Nerman (Photo Lot)


13/07/2013
Catherine Gary





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