Culture

14e Rencontres Internationales de Théâtre en Corse

L’ère de la reconnaissance

Sous l’égide de Robin Renucci, « Les Rencontres Internationales de Théâtre en Corse » proposent depuis 14 ans à des comédiens français et étrangers, professionnels ou amateurs, de présenter à un large public les pièces qu’ils ont étudiées en commun. Cette année encore, ils joueront du 06 au 29 août leurs spectacles en plein air, dans le décor naturel des communes de Mausoleo, Pioggiola, Olmi Cappella et Vallica.

Par David Raynal (texte et photos)



Robin Renucci
Perchée par endroits à plus de 1100 mètres d’altitude, la vallée du Giussani dans le département de la Haute-Corse a la beauté insolente des premiers matins du monde. C’est ici, dans ce décor naturel farouche et inviolé, que l’enfant du pays Robin Renucci a choisi d’organiser depuis maintenant quatorze ans les Rencontres Internationales de Théâtre en Corse. Tout a commencé par la création d’une association, l’Aria (Association des Rencontres Internationales Artistiques), qui signifie « l’air que l’on respire » mais également par extension l’Aghja « l’aire de battage du blé» en langue corse. Le principe de ce projet est de mêler dans la création théâtrale, des professionnels et des amateurs venus de tous horizons et de tous pays, des enseignants et des animateurs culturels, pour aller à la rencontre d’un public partenaire en lui offrant une vingtaine de spectacles créés sur place. Aujourd’hui l’utopie est devenue une réalité qui essaime également en partenariat dans les régions Sud-Ouest et Bretagne. Depuis leur création en 1998, les Rencontres ont accueilli plus de 1000 participants venus de France et de l’étranger, monté près de 260 spectacles, donné 550 représentations devant près de 100 000 spectateurs. Pendant plus d’un mois, la commune d’Olmi Cappella accueille des stagiaires venus de Corse, de France et du monde entier, participant activement à la redynamisation d’une micro région en danger de désertification. « Nous avons transformé tous les handicaps en atouts. Les maisons qui n’étaient pas habitées sont devenues des gîtes ruraux. L’école a triplé son nombre d’élèves. Un atelier de socialisation a vu le jour ainsi qu’un office de tourisme. Quatre emplois permanents ont été créés au bureau ainsi que 3 emplois aux cuisines. Le vide a crée l’appel, et le cadre associatif nous a permis de passer des propos aux actes » rappelle le comédien avec enthousiasme.

Spectacle en plein air dans l'un des villages de la vallée du Giussani/David Raynal
Education populaire

Hébergés dans les vastes salles du collège Battaglini, les apprentis-comédiens sont encadrés par une vingtaine de professionnels parmi lesquels, Pierre Vial, Serge Lipszyc, René Loyon, Nathalie Krebs, Alan Boone ou encore Gérard Chabanier. Après un mois de répétitions en commun, les pièces sont habituellement jouées au mois d’août en plein air sur les communes, de Pioggiola, Mausoléo, Olmi Cappella ou encore Vallica. Au détour d’une place de village, dans la douceur d’un champ d’oliviers, des milliers de spectateurs, touristes ou insulaires, se pressent chaque soir pour découvrir ou redécouvrir sous la voûte céleste, Le Chevalier d’Olmedo de Lope de Vega, Une Journée de fourberies de Scapin d’après Molière, La Bonne âme du Se-Tchouan de Bertold Brecht ou encore Les Pas perdus de Denise Bonal. Une adhésion individuelle de 20 euros est demandée pour assister à l’ensemble des spectacles. En retour, le public a rendez-vous chaque jour avec les participants des Rencontres (metteurs en scène, comédiens, techniciens) pour parler des représentations de la veille ou pour participer à des tables rondes et des ateliers de lectures à voix haute.
Ouverte à tous, l’Aria s’inscrit dans une démarche exigeante d’éducation populaire dans l’esprit de Jean Vilar et du TNP, qui cherchait à amener un large public vers un théâtre de qualité. « Mon action en Corse s’inspire d’un long cheminement que je parcours depuis ma jeunesse. Celui de l’éducation populaire. J’ai rencontré le théâtre en découvrant les stages de réalisation qui se passaient à Valréas (84). Aujourd’hui face à l’aliénation du « citoyen client », appelé à être un consommateur dès l’enfance, l’éducation populaire constitue un vecteur actif d’émancipation de chacun » rappelle [Robin Renucci.

Crédit photo David Raynal
Théâtre de verdure

Tout au long de l’année, l’association intervient en organisant régulièrement des stages de théâtre et des ateliers d’écriture. Ces ateliers ont donné lieu à la création de scénarii pour la télévision et le cinéma, d’œuvres dramatiques pour le cinéma, le théâtre et la radio, d’un opéra, de textes pour l’enseignement de la langue corse. Mais l’événement le plus remarquable fut certainement la construction du pôle théâtral, «A Stazzona» - la forge- sur la commune rurale de Pioggiola. Cet espace scénique dont les dimensions et les équipements répondent aux critères de la profession, possède une grande scène de 420 m2 pouvant accueillir 300 personnes, ainsi que 4 salles de travail. Ce véritable petit miracle en plein milieu rural est le fruit des efforts engagés par les quatre communes de la vallée du Giussani pour faire face à l’isolement de leur territoire. Il permet notamment d’organiser en toute saison des stages de formation pour les enseignants et les scolaires de l’île. Les rencontres théâtrales du 06 au 13 août, puis les formes légères qui les prolongent jusqu’au 29 août constituent enfin pour Robin Renucci et son équipe un formidable vecteur d’intégration et d’ouverture aux autres.
« À l’heure où se construit l’Europe, où la Corse s’ouvre, il est très important que les cultures et les patrimoines des uns et des autres puissent s’exprimer. C’est la raison pour laquelle j’insiste pour que les acteurs puissent échanger dans leur langue, dans un souci de compréhension mutuelle. De la même façon, la langue corse doit être une langue ouverte qui se tend pour d’autres pays » explique t-il avec ferveur.

Sempre Vivu

Robin Renucci analyse sa récente nomination par Frédéric Mitterrand à la tête des Tréteaux de France, comme une reconnaissance du long travail accompli en Corse. C’est dans ce contexte qu’il a décidé cette année de laisser la direction de l’Aria à son complice de toujours, Serge Lipszyc, qui l’avait merveilleusement mis en scène en 2009 au théâtre de la Michodière à Paris dans le Désiré de Sacha Guitry. « Avec l’Aria, nous sommes habitués à faire en permanence le grand écart. Nous pouvons tout aussi bien jouer en direct sur France 2 dans le cadre du festival de Ramatuelle pour une captation de Désiré qui réunit un million de personnes et se retrouver le lendemain pour une lecture dans un bar de village » explique Serge Lipszyc.
Entre deux tournages, Robin Renucci a également trouvé le temps de réaliser chez lui un premier long métrage pour le cinéma Sempre Vivu – Toujours vivant - sorti en 2007 et filmé en partie en langue corse. L’intrigue, celle d’un village qui se mobilise pour construire un théâtre, fait judicieusement écho à son propre combat en faveur de la transmission du savoir et de la culture dans les lieux les plus reculés. L’acteur qui réfléchit en ce moment à un second long métrage, aime bien les histoires de clocher. A la rentrée, il sait qu’il sera à nouveau attendu par des millions de téléspectateurs pour la quatrième saison de la série Un village français, la fiction de France 3 dans laquelle il joue un médecin sous l’occupation. Engagement, résistance, mobilisation, des thèmes qui sont en définitive plus que jamais d’actualité des deux côtés de la Méditerranée.

Pour en savoir plus :

L’Aria
L’Association des Rencontres Internationales Artistiques
Etablissement Battaglini
20259 Olmi Cappella
Tél +33 (0) 495 619 318
Fax + 33 (0) 495 619 399
contact@ariacorse.net
Web : http://www.ariacorse.net
http://ot-giussani.com


Robin Renucci au milieu du public dans la commune d'Olmi Cappella/David Raynal


23/08/2011
David Raynal




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