Chronique

A l’écoute du Monde…. Octobre à Djerba après la Révolution!

Chaque semaine l'essayiste Yves Rinauro, nous livre, à travers sa chronique touristique, sa perception de l'actualité internationale . Ce voyageur atypique a non seulement l'oreille bien exercée aux bruits de la planète mais se refuse également à toute langue de bois. A lire sans modération.



Place à Houmt Souk (Djerba)
L’autre jour, au marché, mon ami Anane, homme affable qui vend dans une petite échoppe des huiles de fleurs et qui toujours laisse un sourire s’imprimer à ses lèvres, même quand ses paroles sont graves, me disait : « Ce qu’il s’est passé ici, en Tunisie, est un exemple pour tout le tiers monde ». Il faut sans doute lui donner raison. Le poète Tahar Bekri le sait bien, lui aussi, que la parole ne se relève pas aisément, et qu’il faut du temps avant la moisson : * « Les grains ne rêvent pas de devenir des pailles / Mais d’être levés pour les justes raisons ».

 À Djerba, en octobre, il n’y a rien à faire, et la marche le long de la plage n’est pas perturbée par le mouvement désordonné et assez bruyant de ces engins de divertissement qui en été font la joie des vacanciers : bateau, parachutes, jet ski… Dans les hôtels dédiés au tourisme, les micros sont éteints. C’est la basse saison des affaires qui commence, mais la haute de la tranquillité. On a quitté les métropoles du nord noyées dans le bruit et la bousculade. Sans regret, on a laissé le métro filer dans les boyaux malodorants. Ici, l’air est doux, et incite au recueillement. Les personnes rencontrées sont affables, et moins pressants deviennent les marchands dans les souks. On bavarde, on commente, à l’ombre des arcades du café Bendammeche , à Houmt-Souk,. On raconte qu’il va (enfin) changer de propriétaire. Il était devenu l’ombre de lui-même. Le soir, dans les ruelles, dans les campagnes et les palmeraies, le calme est entier, et c’est sans doute cette nuit qui est la probable douceur chantée par Ulysse le rusé. Dans la nuit sombre et légère, un ciel aux myriades d’étoiles veille sur le promeneur solitaire, qui ne veut plus rentrer ni donner de nouvelles. Dans les maisons, les familles terminent le repas du soir. Elles regardent la télévision, et les débats fréquents : la politique et les échanges reprennent leurs droits, si longtemps bafoués. Cette Tunisie sort de l’opprobre, peu à peu.
 
Les grandes chaleurs se sont mises en repos. Parfois même, il pleut, une de ces averses drues et généreuses qui font reverdir le désert : les plantes en sommeil durant l’été se redressent, toutes ébouriffées d’abord, puis elles lissent leur feuillage et font alors leurs coquettes. La fraicheur parfois inciterait même à se couvrir. Le long des grèves, la mer enchante le regard de toutes les nuances qui entrelacent les verts et les bleus, dans un spectre continu, aux jalons imperceptibles.

Yves Rinauro

 
*Je te nomme Tunisie
éditions Al Manar

Les gargoulettes à Houm Souk (Djerba)


07/11/2011
Yves Rinauro




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