La challenger d’Air Tahiti
Un ATR 72-600 d’Air Moana.Elle n’aura bientôt que quatre ans d’existence depuis son premier vol, la concurrente d’Air Tahiti. Air Moana – c’est son nom, qui signifie « l’océan » – aligne une flotte de quatre ATR 72-600 XT qui lui permet déjà de desservir trois archipels : les îles Sous-le-Vent, les Tuamotu et les lointaines Marquises. Elle opère donc ses vols sur trois archipels sur cinq. Les Australes et les Gambier seront-elles au programme plus tard ? Si le plan de croissance fonctionne sans accroc, cela signifiera forcément des avions supplémentaires. Affaire à suivre.
Qualifiée de « boutique airline », Air Moana, à taille humaine, propose un service sur mesure et soigné, à la forte identité culturelle, et dispose d’une classe premium baptisée « Poe Premium ».
Un challenge colossal pour la nouvelle venue, qui doit relever trois défis. Premier défi : se confronter à la déjà bien installée Air Tahiti (créée en 1987), sa flotte de 13 ATR (42 et 72), son réseau inter-îles conséquent de 48 îles desservies et ses fréquences bien cadencées*.
Deuxième défi pour Air Moana : consolider ses lignes afin de fidéliser sa clientèle, et ainsi pouvoir continuer à grandir vite, pour desservir un réseau vaste comme les deux tiers de l’Europe. Ayez conscience que la Polynésie française s’étale du sud-est au nord-ouest sur une distance comparable à celle qui sépare la Bulgarie des Cornouailles (Royaume-Uni), et s’étire du sud-ouest au nord-est depuis la Navarre, en Espagne, jusqu’au premier tiers de la Suède, sans oublier une excroissance à l’est qui se situerait sur l’actuelle Biélorussie.
Le réseau d’Air Tahiti en Polynésie française, superposé à la carte de l’Europe.Dernier défi, qu’Air Moana vient de relever avec brio : convoyer son tout dernier ATR 72, baptisé Poenui (« la grande perle »), livré depuis Toulouse par la voie des airs jusqu’à Papeete, en 57 heures de vol et 10 escales. Un défi qui s’appelle un vol de convoyage (delivery flight) et qui, vu l’éloignement entre la métropole et la Polynésie française, est un challenge pour tous les transporteurs de la région.
Les équipages d’Air Moana.Les retours d’expérience des passagers d’Air Moana, largement diffusés sur les réseaux sociaux et sur les sites spécialisés, offrent une longue liste de compliments et de remerciements pour la compagnie challenger. L’arrivée d’un deuxième transporteur était attendue en Polynésie française, stimulant du même coup une saine et nécessaire concurrence au fenua**. Gageons qu’avec l’arrivée de la grande perle, d’autres perles vont s’enfiler autour du collier d’Air Moana, pour la plus grande satisfaction de tous les Polynésiens.
Lionel Guérin, son PDG depuis 2024 (ex-Airlinair, Transavia, Hop), à la déjà longue et brillante carrière, cumule également les fonctions de DG d’Air Tahiti Nui depuis début 2026. À lui de continuer d’écrire cette belle partition en actes et mouvements successifs. Allegro ma non troppo…
La riposte* Air Tahiti sort sa « classe Affaires volante »
** Fenua
Chalair entre en Principauté
Bien qu’historiquement créée en 1986, la compagnie aérienne régionale Chalair existe sous sa forme actuelle depuis son rachat en 2003 par Alain Battisti, industriel passionné d’aviation qui fut un temps président de la FNAM (Fédération nationale de l’aviation marchande). Elle est centrée essentiellement sur des vols domestiques depuis Paris-Orly à destination d’Aurillac, Brive et Castres (« ABC »), desservies toute l’année en vols réguliers. Une route transversale, reliant Limoges à Lyon, vient compléter le tableau, elle aussi opérée toute l’année. Ces vols sont opérés en partage de codes avec Air France.
Chalair opère aussi des vols saisonniers depuis l’aéroport de Brive-Vallée de la Dordogne, faisant de ce jeune aéroport (inauguré en 2010) sa base d’été. Ajaccio, Nice et Kerry (en Irlande) sont ainsi reconduites année après année, et Strasbourg et Genève s’y sont ajoutées en 2026.
Mais la grande nouveauté à venir, c’est l’appel d’offres du gouvernement andorran, qui l’autorise à opérer en exclusivité des vols au départ de l’aéroport d’Andorre-La Seu d’Urgell, un contrat courant jusqu’en 2030 avec possibilité de prolongation de deux ans. Bien que située en Catalogne (Espagne), c’est dans cette ville de La Seu d’Urgell que réside l’évêque (Mgr Josep-Lluís Serrano Pentinat) qui, avec le président de la République française, porte le titre de coprince d’Andorre. Un beau cadeau d’anniversaire, en quelque sorte, pour la compagnie qui fête ses quarante ans d’existence cette année.
À partir de janvier 2027, Chalair opérera ainsi des vols vers Paris-Orly, Madrid et Palma de Majorque, de quoi pousser un cocorico pour la régionale française qui s’installe en Principauté. Trois nouvelles liaisons saisonnières s’y ajouteront. Un ATR 42-500 sera basé sur place à cet effet.
Cela fait plusieurs décennies que la Principauté cherche à se désenclaver, et la route qui la relie à la France a connu des déboires, avec des éboulements en début d’année 2026 qui ont compliqué et rallongé l’accès routier. Précisons que l’environnement très montagneux de l’aéroport d’Andorre-La Seu d’Urgell, avec de nombreux sommets à plus de 3 000 mètres dans la zone, nécessite une qualification spécifique de l’aéroport auprès de l’exploitant. Jusqu’à présent, seul le groupe Iberia, via sa filiale Air Nostrum, y opère un vol quotidien à destination de Madrid, en ATR 72.