Culture

Exposition : Mathurin Méheut, peintre de la Bretagne et d’ailleurs

Le musée national de la Marine nous invite à redécouvrir jusqu’au 30 juin l’œuvre de Mathurin Méheut le plus populaire des artistes bretons du 20e siècle. Dessinateur, illustrateur, décorateur, sculpteur, peintre et graveur : cette exposition événement présente sur plus de 1000 m2 les multiples facettes de ce créateur passionné et protéiforme.

Reportage David Raynal en collaboration avec le musée nationale de la Marine



Les ramasseuses de sel à Guérande (Musée d'Orsay à Paris) - Photo ADAGP -
Les débuts de la carrière de Mathurin Méheut ont un irrésistible parfum d’iode. Missionné par la revue Art & Décoration, il rejoint à l’orée du 20ème siècle le laboratoire maritime de la station de biologie à Roscoff (Finistère) où il mène auprès des scientifiques des études sur la faune et la flore. Observateur zélé de la nature, l’artiste est depuis toujours attiré par l’évocation du monde marin dont il puise une inépuisable source d’inspiration. Méticuleusement, il reproduit les poissons, les crustacés et les algues récoltés. Il s’attache également à l’humain et aux activités traditionnelles des habitants du littoral, goémoniers et pêcheurs. Peu à peu, l’artiste constitue un répertoire de sujets et de motifs qui seront récurrents dans son œuvre. Une première exposition lui est consacrée, en 1913, au musée des Arts Décoratifs. L’exacte retranscription des éléments vivants marins (en grande partie encore méconnus), la puissance de son trait et la maîtrise des couleurs suscitent des critiques élogieuses.

Agé de 31 ans, Méheut accède à la notoriété. Grâce à une bourse de voyage octroyée par le mécène Albert Khan, il embarque le 10 janvier 1914 sur le paquebot Liberté vers le Japon, l’Inde et Ceylan. Au pays du Soleil-Levant, le jeune artiste, influencé par le japonisme notamment dans le domaine de l’estampe, trouve la confirmation de ses choix iconographiques et techniques. Il s’attache à la représentation de l’essentiel, traduit de son trait vif et précis les scènes de la vie quotidienne et multiplie les cadrages originaux.

 « Au Japon, il découvre ce qui est pour lui le plus exotique. Les temples, la religion, les animaux sacrés dans les parcs. Il s’intéresse aussi à la vie quotidienne aux bateaux et aux artisans. Il produit un certain nombre d’aquarelles de gouaches d’observation sur le terrain » explique  Denis-Michel Boëll, le commissaire de l’exposition.  Mais, la Première Guerre mondiale éclate et le voyage tourne court. Il rejoint le régiment d’infanterie puis les services topographiques des états-majors. Réalisés dans les tranchées, ses croquis de guerre témoignent du quotidien de ses camarades Poilus.
 

Auto-portrait de l'artiste-peintre Yvonne Jean-Haffen (1882-1993) 2/ Photo Service Lamer manufacture Jules Henriot (photo ADAGP) 3/ Assiette décor décagonal que Méheut a créé pour le restaurant Prunier. Assiettes encore utilisées aujourd'hui.(Photo Prunier)
Décorateur et céramiste

Né en 1882 à Lamballe dans les Côtes-d’Armor, Mathurin Méheut  a sillonné, très jeune, sa campagne natale pour croquer les paysages bretons. Enfant, il accompagne sa mère aux fêtes liturgiques et couche déjà sur le papier les gestes de son père artisan. Étudiant à l’école des Beaux-Arts de Rennes, il s’installe à Paris en 1902 avec la ferme volonté de réussir. Au printemps 1925, Mathurin Méheut rencontre celle qui deviendra sa plus proche collaboratrice, Yvonne Jean-Haffen, avec qui il partage la même passion artistique. « Ouvrez vos fenêtres, courez le monde et vous verrez comme la nature est quelque chose de merveilleux », lui disait-il. La correspondance qu’ils ont entretenue pendant trente ans est un témoignage unique du processus créatif de Méheut. Décorateur et céramiste l’artiste va, durant plusieurs décennies, exercer son art avec plusieurs ateliers, pour la faïencerie Henriot à Quimper, à la Manufacture nationale de Sèvres et avec Villeroy et Boch à Mettlach (Saxe). Dès le début de sa carrière jusqu’en 1927 environ, Mathurin Méheut collabore également à la revue Art et Décoration. L’artiste expérimente les supports les plus divers, de la dentelle aux boîtes de Roger-Gallet, stylisant les motifs afin d’adapter ses sujets. Reconnu comme un artiste-décorateur, il réalise de nombreuses commandes tout au long de sa carrière, décorera également des restaurants (Prunier à Paris, l’Huitrière à Lille) et de nombreuses villas. En 1930, son talent dépasse les frontières. Appelé par la firme Heinz à Pittsburgh (États-Unis), il conçoit une immense fresque de 80 mètres de long pour l’auditorium du siège. Sollicité par le pavillon de la Bretagne à l’Exposition de 1937, l’artiste prolifique décore les trois pignons à fresque du bâtiment aujourd’hui disparu. Les scènes sont unifiées par une volute centrale que l’on retrouvera, en 1952, sur la façade de la faïencerie Henriot à Quimper.

Illustration d'un carnet de voyage au Japon de Mathurin Méheut
L’illustrateur et le graveur

Nommé peintre de la marine en 1921, Mathurin Méheut est aussi un illustrateur majeur du 20e siècle. Sa popularité de son vivant s’explique d’ailleurs, en partie, par cette activité. Livres, guides, manuels scolaires, almanachs sont largement diffusés aux quatre coins du territoire. Son talent l’amène à associer son nom à celui d’écrivains de renom. Il illustre notamment Pêcheurs d’Islande de Pierre Loti, La Légende de la mort d’Anatole Le Braz ou encore Les Croix de bois de Roland Dorgelès. Il publie, en 1944, un ouvrage de référence Vieux métiers bretons de Florian Le Roy. La confiance s’installe durablement avec ses éditeurs : Arthaud, Horizons de France, Les Flots bleus, Alpina ou Aubert le sollicitent souvent. La beauté des illustrations pour Regarde de Colette constitue une forme de point d’orgue. Au-delà de l’impression off-set industrielle, les techniques de reproduction manuelle intéressent également Méheut. Il en utilise de nombreuses : gravure sur bois, eau forte, lithographie et se montre à la pointe de l’innovation en déposant des brevets d’invention.
Tout au long de sa vie, Mathurin Méheut travaillera pour les grandes compagnies maritimes (Messagerie Maritimes, Compagnie Générale Transatlantique, Société Française des Transports Pétroliers), puis pour un armateur boulonnais à la pêche industrielle, Delpierre.  Peu de ces décors de navires ont survécu, mais les esquisses, les variantes et les photographies d’époque rendent compte de l’importante production de Méheut.

Photo de Mathurin Méheut et deux de ses oeuvres.
Ami de la mer et des marins






Breton faisant sa carrière à Paris, Mathurin Méheut n’a cessé, entre 1910 et 1958, d’explorer la Bretagne pour en capter les spécificités intrinsèques, bientôt appelées à s’évanouir dans la modernité. L’acuité de son regard et la fulgurance de son graphisme font de lui l’un des plus grands peintres bretons.

C’est cette vision artistique si particulière de la péninsule armoricaine entre tradition et évolution que le musée nationale de la Marine nous propose de redécouvrir quarante ans après la première rétrospective dédiée à l’artiste.

Une exposition événement, qui rend hommage  sur plus de 1000 m² jusqu’au 30 juin prochain, à ce grand ami de la mer et des marins.
 
D.R.

Musée de la Marine à Paris
Plus d'infos
Musée national de la Marine

Palais de Chaillot, 17 place du Trocadéro, 75116 Paris
www.musee-marine.fr
01 53 65 69 53
réservation@musee-marine.fr
 
Horaires
Du mardi 26 février au dimanche 30 juin 2013 :
- Lundi, mercredi, jeudi et vendredi de 11:00 à 18:00
- Samedi, Dimanche de 11:00 à 19:00
 Plein tarif : 10 €
Tarif réduit : 8 €
Tarif 7 –18 ans : 5 €

Femmes sur la grève de Mathurin Méheut (photo ADAGP)


14/03/2013
David Raynal




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