Reportage

Inde : A l’écart des grands circuits, l’Orissa cultive ses trésors

Les temples y rivalisent de beauté, les arts y fleurissent et les villages ont gardé l’héritage de l’Inde éternelle à l’écart des plages du Golfe du Bengale…

Reportage Catherine Gary, photos Fabrice Dimier



Le Triangle d’Or, un parcours géométrique pour architecture sacrée !

Fête de mariage en route vers le Temple
Bhubaneswar et ses dizaines de temples, Konarak  et les vestiges grandioses du sanctuaire de Surya, Puri, centre majeur de la ferveur hindoue …





Bhubaneswar, la capitale, délivre des premières impressions fortes. Tôt le matin de préférence, moment béni où le soleil épargne encore l’endurance des voyageurs, où les Hindous se rendent avec ferveur au pied des sanctuaires pour leurs offrandes aux prêtres de Shiva dont le front est barré de craie blanche.
C’est l’heure où la pierre intensément sculptée s’anime du voile multicolore des saris, des fleurs et des fruits. Des temples, il y en a partout ; certains datent du Vè siècle ; impossible de les visiter tous, il faut faire un tri. En nous fiant à Ajay Pati, notre excellent guide, nous nous dirigeons vers la vieille ville…
Le Lingaraja Temple, (XIe siècle), ensemble impressionnant de petits sanctuaires entre lesquels déambulent les fidèles, dresse sa tour principale finement sculptée à laquelle seuls les pèlerins ont accès : il faut se contenter d’une vision plongeante de ce vaste ensemble depuis une terrasse conçue à cet effet.

Temple de Mukteswara vu des ghats
Visite ensuite au Parsurameswara, (VIIe siècle), en passant devant un petit temple en bois où la procession bat son plein au son des cymbales et des clochettes : c'est la fête de Ganesh, et on promène le dieu éléphant, ce protecteur au ventre rebondi.


La silhouette élancée du sanctuaire se détache derrière les frondaisons de manguiers et de frangipaniers. Sur ses flancs, divinités, musiciens et danseurs, éléphants et singes moqueurs composent une  mythologie sculptée au sens caché.

Au temple Mukteswara, (Xè siècle), un porche en grès nous accueille avec ses nymphes célestes. Le monument est abondamment décoré de déesses gracieuses, de lions, de scènes drôles ou cocasses… A l’arrière, sur les marches des ghâts, autour du grand bassin, quelques femmes font leurs ablutions. Les enfants s’éclaboussent en riant. Images du quotidien au cœur du sacré…

Et puis encore, le temple de Rajarani entouré d’une vaste pelouse piquée de lauriers roses et de dahlias, le temple Brahmeswara et son grand bassin couvert de mousses d’un vert acidulé…

Impossible de tout voir !
















Temple de Konarak inscrit au Patrimoine Mondial par l'Unesco
Konarak nous attend !





Un tout petit village à 3 km d’une plage immense où se dresse l’un des plus beaux joyaux de l’Inde, inscrit au Patrimoine mondial par l’Unesco.

Son nom signifie en sanskrit “angle du soleil“ :

ce gigantesque char de pierre, érigé XIIIe siècle, a été orienté en fonction de Surya, le dieu du Soleil auquel il est consacré. Sept chevaux représentaient les sept jours de la semaine et les couleurs de l’arc-en-ciel devant le Jagamohana, la tour principale avec ses 24 roues de 3 mètres de diamètre finement sculptées de femmes langoureuses, de couples enlacés, d’épisodes érotiques dignes des Kama Sutras.

Le moyeu quant à lui servait de cadran solaire et donnait l’heure à la minute près ! Détruit en partie à travers les siècles, les restes sont exceptionnels.

Ce qui fit dire au poète Tagore « Ici, le langage des pierres est plus puissant que celui des hommes. »…














Femmes indiennes sur la plage de Puri
Reste maintenant Puri, la quatrième ville sainte de l’Inde.




Une Mecque très vénérée  où tout Hindou espère venir en pèlerinage une fois dans sa vie pour mieux échapper au cycle des réincarnations qui le guette…

En juin, c’est le Ratha Yatra, une Fête des Chars invraisemblable pour un non-hindou. Jagannath, un “avatar“ de Vishnou, est transporté dans sa résidence d’été sur des chars gigantesques tirés par des milliers de dévots et suivi par des foules venues de toute l’Inde… Entre le lac de sa résidence sur le lac et son temple, une immense avenue s’anime toute l’année, d’une vie locale consacrée à ce rendez-vous mystique : vendeurs de colifichets et d’offrandes, temples et sanctuaires, hôtels pour pèlerins… Au milieu de cette animation trépidante, les vaches sacrées vaquent tranquillement, se régalant au passage des fruits et légumes disposés à même le sol les jours de marchés…

Atelier de peinture tradionnelle
A l’écart  du monde moderne, le petit village de Raghurajpur entretient ses traditions de peinture






Il faut prendre une petite route à une heure de distance de la capitale, quitter la circulation des camions surchargés et s’engager à travers champs de canne à sucre et de palmiers. Raghurajpur, “village artisanal du patrimoine de l'Etat d'Orissa“, est resté très discret malgré les artistes qui ont fait sa renommée. Ici, tous les habitants ont leur petit atelier dans la pénombre des maisons. Les enfants sont habiles au patta chitra, une peinture traditionnelle locale, à côté des adultes. Ils préparent d’abord le papier ou le tissu en l’enduisant d’un mélange de gomme, de pâte faite de graines de tamarin et de craie. Puis ils racontent avec la gouache les multiples aventures de leur dieu préféré, Krishna.

Et comme tout support est bon quand on est pauvre, des petits aux plus grands, les familles au complet gravent aussi à l’aiguille sur des palmes séchées, ou sur noix de coco. On entre en se courbant dans ces petits ateliers ; on les observe.  Appliqués dans leur travail, ils ne lèvent pas les yeux ni ne vous parlent.
En longeant les ruelles en terre battue, on découvre ensuite émerveillés la succession des maisons couvertes de fresques. Certaines déjà délabrées. D’autres aux couleurs fraîches. Et toujours, les amours de Krishna, des scènes des grandes épopées, le Ramayana et le Mahabharata …Il y a une cinquantaine d’années, une Anglaise passant par là fit connaître et apprécier ces peintures et depuis, ce village singulier a acquis une petite renommée sans pour autant perdre son âme et sa simplicité.

Danse Gotipua dans le village de Raghurajpur
Le Gotipua, une danse où les garçons deviennent filles !

C’est dans ce même village, aux abords de la rivière Bhargavi et de son temple cerné de cocotiers et de palmiers, qu’est né l’un des grands maîtres de l’Odissi, une danse classique dont le Gotipua est l’une des formes toujours enseignée sur place. Mêlant gracieux mouvements et contorsions acrobatiques proches du yoga, cette danse demande une souplesse des articulations qui nécessite un apprentissage dès le plus jeune âge : de 6 à 12 ans, de jeunes  garçons sont sélectionnés pour la finesse de leurs traits. Mais cette danse a une étrange particularité : elle est pratiquée par des garçons qui, pour l’occasion, se féminisent. Et il est très surprenant de les voir se préparer ! Ils peignent d’abord leurs longs cheveux, les ramènent en chignon sur la nuque, couvrent leur teint de poudre, rougissent leurs lèvres et noircissent leurs yeux… Avant de se couvrir de perles, de bracelets, de voiles colorés. Une fois la troublante  métamorphose achevée, les voilà revêtus des atouts et des gestes les plus efféminés. Ils sont alors prêts à danser pour leur divinité en dignes petites épouses de Krishna. Leurs danses accompagnent en musique les cérémonies dans les temples ou celles, plus profanes, organisés par le maître et gourou qui les a formés.
C.G.

Divinité au Temple Rajarani

Pratique :




Se renseigner

- VFS France (pour les visas). 42-44 rue de Paradis, 75010 Paris.
Tél. : 0892 230 358
- Office national indien du tourisme . 13 bd Haussmann, 75009 Paris.
Tél. : 01 45 23 30 45
- www.inde-en-ligne.com :un site riche en infos dans tous les domaines.


Comment y aller

- Air India  : 7 vols hebdomadaires Paris-Bhubanewar via Delhi.
- Asia propose un circuit en individuel “De Bengale en Orissa“.
11 jours/9 nuits au départ de Paris. Découverte d’abord de Calcutta puis des grands sanctuaires de l’Orissa . A partir de 2655 euros TTC. Voiture particulière avec guide local. Vol sur la compagnie Lufthansa inclus. D’autres circuits peuvent être organisés selon la demande.
Renseignements  au 01 44 41 50 10. www.asia.fr

Pêcheur au repos sur le toit de sa cabane

Quand partir

La meilleure période est d’octobre à avril. En mai les températures atteignent 40° voire plus et la mousson arrive en juin.


Formalités

Le visa est impératif. Se connecter sur le site www.vsf-in-fr.com pour connaître les instructions  et remplir le formulaire de demande. Ensuite, se présenter avec son passeport et une photocopie, 2 photos d’identité.

Aucun vaccin n’est obligatoire  mais il est préférable d’être à jour  pour les vaccinations dites “universelles“.
La monnaie indienne est la Roupie. 1 euro = environ 60 Rps

Guides

Le routard 2011, fidèle à ses options, donne des tuyaux, des adresses, des conseils et une approche synthétique mais incitative des meilleurs lieux à découvrir.

Lonely Planet en Français. Un référence pour tous les grands voyageurs.
 
 

Femme au retour de la pêche dans le village de Chandrabhaga près de Konarak


24/02/2012
Catherine Gary




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