Culture

L’alouette de Jean Anouilh, un grand moment de Théâtre dont on sort ému et émerveillé.

Par Catherine Gary



Sara Giraudeau et Davy Sardou (Photo Lot)
Sara Giraudeau et Davy Sardou (Photo Lot)
Difficile aujourd’hui de croire encore aux miracles… et pourtant, Jeanne et son mystère restent ancrés dans notre histoire comme ce moment majeur qui permit de “bouster“ les Anglais hors du royaume de France. La pucelle de Domrémy a inspiré certaines pages émouvantes de la littérature, tantôt comme icône de la foi, tantôt comme simple héroïne de roman. Lire entre autres Michelet, Péguy, Cocteau, Malraux ( Ô Jeanne sans sépulcre et sans portrait, toi qui savais que le tombeau des héros est le cœur des vivants.). Même les incrédules se sont confrontés au mythe. Dont Anouilh, peut-être, avec son sens de l’humour et sa distance de contemporain. Il crée L’Alouette au théâtre Montparnasse, à Paris, en 1953…
Dès l’entrée en scène du Comte de Warwick, un échange s’établit entre comédiens sur le jeu des personnages qu’ils incarnent : quel ordre donner au récit ? Par où commencer ? L’Anglais ne veut pas perdre la face… Théâtre dans le théâtre, les comédiens/personnages s’interrogent. Anouilh libère allègrement la chronologie et s’écarte des représentations habituelles de Jeanne d’Arc, avec un recul humoristique sur les faits, une alternance de sérieux et de grotesque, un mélange de genres façon Shakespeare à la française tout à fait désopilant.



Sara Giraudeau, Bernard Malaka (Photo Lot)
Sara Giraudeau, Bernard Malaka (Photo Lot)
Au centre de la très brillante distribution (10 comédiens sont sur scène), dont Jeanne d’Arc : Sara Giraudeau, le roi Charles : Dany Sardou, Baudricourt : Joël Demarty, la reine Yolande : Marie-Christine Danède, le comte de Warwick : Stéphane Cottin, Pierre Cauchon : Bernard Malaka, le Promoteur : Olivier.
Sara Giraudeau occupe la scène durant 1h40.  Avec son énergie de jeune femme à la fois douce et violente, elle donne vie à cette Jeanne d’abord naïve et insolente, craintive et volontaire, puis habitée par une certitude victorieuse. « Chaque fois qu’il laisse une montagne sur ta route, il faut être très fière, Jeanne: c’est que Dieu se décharge sur toi…” lui disent ses voix.
Elle se tient droite devant un roi Charles qui a baissé pavillon.  «T'es une fille épatante, t'as une bonne bouille», lui réplique-t-il, quand elle l’encourage à ne pas avoir peur. Le ton est donné : jamais pompeux, plutôt cocasse et libertaire, souvent très drôle.
Chaque comédien apporte sa note contrastée à l’histoire : le père et la mère en croquants mal dégrossis, Baudricourt en seigneur de village paillard, Charles en roi immature et craintif. Ils gravitent autour d’une Jeanne illuminée avec des jeux justes et variés. Un  moment de Théâtre dont on sort ému et émerveillé.

Mise en scène de Christophe Lidon, décor de Catherine Bluwal. Avec Sara Giraudeau, Olivier Claverie, Stéphane Cottin, Marie-Christine Danède, Joël Demarty, François Dunoyer, Jacques Fontanel, Maëlia Gentil, Bernard Malaka, Davy Sardou.

C.G.

Théâtre Montparnasse 
31, rue de la Gaité
Paris 14ème
Du mardi au samedi : 20h30
Réservations 0892 707 705



11/07/2012
Catherine Gary





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