Culture

Le cirque Arlette Gruss présente son nouveau spectacle « Excentrik »

Dans le cercle de la sciure et des circophiles, le nom d’Arlette Gruss est une référence mondiale. Tout au long de son existence, cette visionnaire a su redonner ses titres de noblesse à son métier, à une période où il en manquait sérieusement. Et aujourd’hui malgré la pandémie de Covid-19, le cirque Gruss est toujours présent avec son magnifique spectacle « Excentrik ».

Par Bertrand Munier



Sous la toiture féérique du « Cirque Arlette Gruss ». ©Fabrice Vallon/Cirque Arlette Gruss
Sous la toiture féérique du « Cirque Arlette Gruss ». ©Fabrice Vallon/Cirque Arlette Gruss

Arlette et son époux Georgika… deux amours qui parlent à l’oreille des panthères. ©Fabrice Vallon/Cirque Arlette Gruss
Arlette et son époux Georgika… deux amours qui parlent à l’oreille des panthères. ©Fabrice Vallon/Cirque Arlette Gruss
Arlette Gruss au centre de la piste
 
Durant des décennies, il ne fut pas aisé de s’y retrouver dans les écheveaux circassiens Gruss, d’autant plus que cette famille à multiplier les chapiteaux et surtout sur un fil comme un équilibriste.

Cet exercice périlleux s’accentue à la seule évocation d’Alexis Gruss car on n’évoque pas toujours la même personne. Cela se complique d’avantage quand on accole au prénom Alexis, le substantif junior ou senior. Longtemps, sur les gradins de bois, les spectateurs écarquillèrent grand les yeux face aux prouesses des différents membres de cette fratrie célèbre. Toutefois, en 1985, suite à la disparition du père d’Arlette Gruss, la donne change. Héritière d’une dynastie directe de neuf enfants, elle décide de créer sa propre enseigne en adéquation avec sa sœur Christiane en Irlande. Après avoir été au zénith de sa renommée et quasiment aussi vite enfoui au nadir de sa genèse, leur collaboration stoppe pour diverses raisons. De retour dans l’Hexagone, elle crée sa propre société qui perdure sous l’appellation de « Cirque Arlette Gruss », dirigé ensuite à son décès par son fils Gilbert Mummolo et son second mari Georges Peuriere dit Georgika Kobann.

En 1967, le monde de la piste aux étoiles pour Arlette et ses panthères. ©Fabrice Vallon/Cirque Arlette Gruss
En 1967, le monde de la piste aux étoiles pour Arlette et ses panthères. ©Fabrice Vallon/Cirque Arlette Gruss
Mais avant de voler de ses propres ailes, elle débute en piste dans le cirque familial.

Elle n’a que 4 ans. Un âge précoce qui ne la rebute pas. Bien au contraire ! À l’image de ses merveilleux parents Alexis et Lucienne, elle a ce métier du spectacle chevillé au corps. À 10 ans, elle se produit avec éclat au trapèze sur la scène du théâtre de Mogador. Son fabuleux destin est en marche sous le pseudonyme d’Hélène de Vernon étant donné qu’elle naît le 17 novembre 1930 dans cette ville de l’Eure.

Gilbert Gruss (à droite) prend les rênes du cirque familial à la suite de sa maman Arlette. ©Fabrice Vallon/Cirque Arlette Gruss
Gilbert Gruss (à droite) prend les rênes du cirque familial à la suite de sa maman Arlette. ©Fabrice Vallon/Cirque Arlette Gruss
Aux rênes d’un cirque à son nom
 
Du trapèze à l’acrobatie et à la voltige aérienne, rien ne l’arrête. Cependant, sa notoriété s’aiguise également comme dresseuse de chiens loups argentés mais surtout de panthères… jusqu’à l’heure de la disparition de son père.

Devenue femme d’affaire avisée au grand cœur, elle ne ménage ni son temps ni ses économies pour que l’enseigne familial continue de briller de mille feux (1985). Aux côtés de son second époux Georgika Kobann (dresseur hors pair de panthères), elle affiche ses ambitions avec son slogan « Avec nous, faites la différence ». « À mes débuts de responsable, avouait-elle, rien ne me fut épargné. J’étais partie en Irlande en emmagasinant de la confiance. Mais sur place, mon équipe et moi-même nous avons déchanté rapidement. Le retour à la case départ à Bolbec en Normandie avec mes vingt salariés auraient pu me décourager. Cependant, je devais absolument réagir et sauver mon entreprise. »

Ce qu’elle fit entre autres avec les membres de sa cellule familiale en proposant un cirque de grande qualité. Mais ce chemin s’arrête le 2 janvier 2006 au matin.
 
Chevalier des Arts et Lettres et de la Légion d’Honneur, Arlette Gruss ferme les yeux à jamais à La Fontaine-Saint-Martin dans sa propriété de la Sarthe. À cet instant se referme le grand livre de cette dame connue et reconnue dans l’univers du cirque. Toutefois, comme elle l’a maintes fois ressassé, son entreprise doit perdurer et reprendre la route.
 

Gilbert Gruss (à droite) prend les rênes du cirque familial à la suite de sa maman Arlette. ©Fabrice Vallon/Cirque Arlette Gruss
Gilbert Gruss (à droite) prend les rênes du cirque familial à la suite de sa maman Arlette. ©Fabrice Vallon/Cirque Arlette Gruss
Un itinéraire qui mène annuellement le « Cirque Arlette Gruss » aux quatre coins de l’hexagone où les hommages affluent dans certaines villes comme à Nancy dans la région Grand Est. Au fil du temps, la cité nancéienne devient une escale incontournable pour cette dynastie circassienne. Aussi est-ce concevable qu’une amitié indéfectible s’est progressivement instaurée entre la capitale des ducs de Lorraine et Arlette Gruss puis avec ses successeurs. Pour figer dans le marbre cette relation amicale, la partie centrale du cours Léopold et de la place Carnot est baptisée « Allée Arlette Gruss ».


Qui plus est, la célèbre et historique brasserie Excelsior s’est également jointe à cette reconnaissance en apposant une plaque en laiton à la table qu'elle occupait lors de ses nombreux passages à Nancy.

« Pour nous c’était une évidence"  révèle Éric Gérard, le directeur de cette brasserie mythique aux décors Art nouveau et Art déco." Elle venait régulièrement déguster une sole meunière car c’était son mets préféré. Elle appréciait aussi les fruits de mer. Par la suite, Arlette a eu du mal à se déplacer alors on lui amenait ses plats, chez elle près de son cirque, et en tenue de serveur. Assurément on ne peut pas oublier une telle personne. »

Gilbert Gruss peut s’enorgueillir de diriger le premier cirque français à se voir décerner le certificat européen de qualité (Big Top Label). ©Fabrice Vallon/Cirque Arlette Gruss
Gilbert Gruss peut s’enorgueillir de diriger le premier cirque français à se voir décerner le certificat européen de qualité (Big Top Label). ©Fabrice Vallon/Cirque Arlette Gruss
Quoi qu’il soit, cette vie de saltimbanques des temps modernes n’est pas une sinécure. Du rouge, du blanc, le « Cirque Arlette Gruss » est reconnaissable entre tous et mérite le respect. Mais souvent il y a loin de la coupe aux lèvres.


Ces derniers mois ont été semés d’embûches pour la famille Gruss tout comme pour leurs collègues aussi illustres. Une nouvelle ambiance règne sous les chapiteaux suite aux actions polémiques d’associations de protection animale voire de convictions des Français.

Certaines grandes villes ont emboîté le pas à ces débats en se prononçant contre la présence des animaux sauvages dans les cirques se produisant sur leur territoire. Puis, la pandémie mondiale du Coronavirus est venue se greffer sur la toiture de ce monde du divertissement. Mais chez Gruss on protège les animaux et cette culture du spectacle.

Preuve en est qu’il est le premier cirque français qui se voit décerner le certificat européen de qualité (Big Top Label). Celui-ci reconnaît et récompense le cirque traditionnel qui répond aux critères les plus sévères, établis par une commission d’experts.
 

Les « 20 ans » du cirque pour la « grande » famille d’Arlette. ©Fabrice Vallon/Cirque Arlette Gruss
Les « 20 ans » du cirque pour la « grande » famille d’Arlette. ©Fabrice Vallon/Cirque Arlette Gruss
Gilbert Gruss en digne héritier
 
« En cette année 2020 bien contrariante au cours de laquelle nous fêtons nos trente-cinq ans du Cirque Arlette Gruss, je pense souvent à ma maman et à ses jours d’angoisse pour maintenir à flots notre chapiteau " souligne Gilbert.  " Sans cesse nous remettons l’ouvrage sur le métier et aujourd’hui encore plus que jamais pour concevoir et proposer de somptueuses productions. »

Nul doute que cet ancien clown, trapéziste, dresseur d’animaux… filleul de l’acteur Jean Richard et qui voulait devenir vétérinaire, ne ménagera pas ses efforts pour mener à bien ses nombreux desseins. Une force de caractère qu’il puise notamment aux côtés de son épouse italienne Linda Biasini (écuyère fantastique) et de leurs quatre enfants.

Laure-Maria (petite-fille d’Arlette, fille de Linda et Gilbert) et le talent en héritage. ©Fabrice Vallon/Cirque Arlette Gruss
Laure-Maria (petite-fille d’Arlette, fille de Linda et Gilbert) et le talent en héritage. ©Fabrice Vallon/Cirque Arlette Gruss
Oui ! Du caractère et du mental il en faut en permanence à Gilbert Gruss pour gérer un tel ensemble qui se compose d’environ 140 personnes dont 35 artistes et 11 musiciens en live, 180 costumes, 80 tonnes de matériels, des dizaines de camions, une école à domicile… pour 2H30 de spectacle féérique.
 
À l’image de Jean de la Fontaine et de sa fable, la famille Gruss a parfois plié mais n’a jamais rompu. Contre les coups assénés, elle a toujours répondu avec discernement.

Aujourd’hui et demain, elle sera toujours présente pour porter très haut et très loin… le nom d’Arlette.












Bertrand Munier
 

Cirque Arlette Gruss. ©Cirque Arlette Gruss
Cirque Arlette Gruss. ©Cirque Arlette Gruss


Plus d’Infos 
 













« Cirque Arlette Gruss »
72 rue des Jacobins
80000 Amiens
 



Tél : 03 22 91 79 32








FB : 
www.facebook.com/CirqueArletteGrussOfficiel/
Site : www.cirque-gruss.com


13/10/2020
Bertrand Munier





Nouveau commentaire :
Twitter


Dans la même rubrique :
< >

Lundi 12 Octobre 2020 - 15:41 L’impressionnisme américain à Giverny