Reportage

Madère, entre vert profond et lumières changeantes

Au cœur de l'Atlantique, baigné par le Gulf Stream, Madère est un vrai paradis pour les amateurs de flore sauvage et de nature forte. Et en plus, la température est en moyenne de 20° toute l’année. A découvrir en hiver.

Par André Degon



De nombreux chemins de randonneurs suivent le tracé des levadas.(Crédit photo André Degon)
Quand on pense Madère, on pense tout de suite vin et vieilles anglaises. C'est être bien réducteur pour cette île méconnue des Français, ancrée au cœur de l'Atlantique, entre les Acores au nord et les Canaries au sud, à hauteur de Marrakech et à 1000 kilomètres au sud-ouest de Lisbonne. Certes au début du siècle, les "old ladies" londoniennes avaient coutume de quitter les frimas de l'hiver pour venir réchauffer leurs rhumatismes au soleil du sud. Les photos jaunies exposées dans les vitrines du célèbre hôtel Reid's, fondé par l'Ecossais, William Reid, en 1887, témoignent de l'engouement que suscitait cette île-montagne dont le sommet (Pico Ruivo) culmine à 1 861 m. Véritable paradis tropical à cause de son climat exceptionnel - La température moyenne de l'air et de l'eau, grâce à la présence du Gulf Stream, se situe toute l'année autour de 20°C - , Madère est un véritable jardin luxuriant où pousse une quantité incroyable de fleurs à l'état naturel. Les routes très sinueuses - la seule ligne droite de l'île est la piste de l'aéroport de Santa Catarina construit en partie sur la mer – Sont bordés d'ibiscus. Les nombreux chemins qui sillonnent l’île, notamment le long des levadas (canaux d’irrigation) en font un véritable paradis pour les randonneurs.
 

L'île du bois

De gauche à droite : Jardin botanique de Funchal; Même en hiver la nature à Madère est luxuriante (Crédit photos André Degon)
Lorsque le Portugais Gonzalves Zarco découvrit Madère en 1419, ce rocher de 57 km de long sur 22 km de large, entre ciel et mer, était alors totalement inhabité et recouvert d'une épaisse forêt.  Ce n'est pas sans raison qu'il l'appela "Madeira", l'île du bois. L'histoire raconte que les colons, pour défricher afin de planter et construire leurs habitations, mirent le feu à la forêt, mais que ce feu dégénéra en un gigantesque incendie qui dura, dit-on, sept années. Alors, pour égayer un peu le paysage devenu noir, les voyageurs et les marins prirent l'habitude de ramener de leurs expéditions lointaines des fleurs de tous les pays. Et, miracle : la combinaison du sol volcanique, des alizés, et de la situation géographique permit aux espèces les plus variées (orchidées, yuccas, flamboyants, lauriers roses, palmiers, hibiscus, bougainvillées) de s'acclimater. Encouragés, les habitants plantèrent des bananiers, de la papaye, des pommiers, des citronniers et surtout de la canne à sucre importée de Sicile. Cet or blanc fit au XVe siècle la richesse de Funchal, la capitale, première ville bâtie par les Européens dans les nouvelles contrées atlantiques. Le sucre de Madère atteignit une telle réputation que les marchands de Funchal l'échangeaient contre des tableaux flamands que l'on peut encore admirer dans le beau musée d'art sacré. De cette canne à sucre, on tirait aussi "l'arguadente", une eau de vie destinée à "fortifier" le vin de cépage "malvoisie" dont les plants avaient été importés de Chypre et de Crète. C'est au XVIIe siècle que se nouèrent des liens commerciaux privilégiés entre les Anglais et Madère. Le vin de l'île prit un essor fulgurant grâce au droit d'exportation libre vers les colonies anglaises du Nouveau Monde qui le dispensait de transiter par un port britannique. Les négociants se rendirent vite compte que le vin, ballotté par la houle et réchauffé par le soleil se transformait, après un voyage en mer, en un nectar totalement différent et très apprécié. Encore maintenant, la maturation du vin de Madère, le seul vin à pouvoir vieillir indéfiniment, se fait dans des fûts entreposés non pas dans des celliers, mais sous les toits des entrepôts.
 

Louer une voiture pour visiter l'île

Il fallait compter une heure pour faire trente kilomètres et on passait rarement la quatrième vitesse. Depuis, des centaines de tunnels ont été creusés grâce à la manne de l’Europe pour faciliter la circulation sur la route qui fait le tour de l’île (Crédit photos André Degon)
La meilleure façon de visiter l'île est de louer une voiture. Jusqu’au début des années 2000, seules des petites routes tortueuses reliaient les villages entre eux. Il fallait compter une heure pour faire trente kilomètres et on passait rarement la quatrième vitesse. Depuis, des centaines de tunnels ont été creusés grâce à la manne de l’Europe pour faciliter la circulation sur la route qui fait le tour de l’île. Pour retrouver les sensations d’antan – la plus forte dénivellation représente 370 mètres au kilomètre – le voyageur curieux et qui n’est pas pressé préférera emprunter l’ancienne route et prendre son temps à découvrir des paysages somptueux,  des points de vue sur la mer à couper le souffle.
 

Une végétation luxuriante

De gauche à droite : chemin des randonneurs à Madère (crédit photo DR); La petite ville de Camara de Lobos; La Riberira Brava (Ravine sauvage) (Crédit photos André Degon)
La côte sud, la plus riante, est essentiellement plantée de bananiers et de vignes. En partant de Funchal, la route grimpe en se tortillant vers San Martino avant de redescendre vers Câmara de Lobos (l'antre des phoques) que l'on aperçoit du haut du belvédère. Winston Churchill, amoureux de l'endroit aimait s'y rendre pour peindre les maisons de pêcheurs accrochées à la colline. Au pied des vignobles en terrasse, une petite chapelle du XVe siècle, restaurée au XVIIIe siècle fait face à la mer. Plus loin, après Estreito de Câmara de Lobos, le cabo Girao, planté de pins et d'eucalyptus offre une vue plongeante sur l'océan. C'est à Ribeira Brava (la ravine sauvage), dominée par des hauteurs escarpées, que commence l'unique voie qui mène à Sao Vicenzo, au nord. En continuant sur la côte sud, on atteint Calheta entouré de bananeraies et de vignes, localité la plus importante de l'ouest de l'île reconnaissable à la grande cheminée qui domine l'ancienne fabrique de sucre de canne.

Des paysages écossais

de gauche à droite : Porto Moniz, les piscines naturelles; Vue depuis la pousada dos Vinho áticos ; Camara de Lobos sur la côte sud.(Crédit photos André Degon)
Pour rejoindre Porto Moniz au nord, centre de la pêche au cachalot, il faudra compter une heure et demie pour parcourir les cinquante kilomètres qui mènent au village le plus septentrional de Madère. Perché sur une colline, Porto Moniz domine ses célèbres piscines naturelles en lave qui attirent un grand nombre de touristes. Pour revenir vers l'est, deux chemins sont possibles : soit prendre la route de la côte nord, soit passer par l'intérieur de l'île. Si vous choisissez la première solution, vous découvrirez un panorama côtier totalement différent de celui du sud. Jusqu'à Sao Vicenze, la route littéralement creusée dans le rocher domine la mer, tel un balcon au-dessus des flots bouillonnants. Le climat est plus rude, il n'est pas rare de trouver pluie et brouillard. Cascades et torrents dévalent vers l'océan à travers de luxuriantes failles couvertes de mousses et de fougères sauvages. A Ribeira di Inferno (la ravine de l'enfer), l'eau descend du plateau marécageux de Paul da Serra à 1400 m d'altitude que l'on traversera en partant de Porto Moniz pour découvrir l'intérieur de Madère, la deuxième solution. La chaîne de montagne qui coupe l'île d'est en ouest par moitié complique le climat. En l'espace de quelques minutes, on peut quitter une côte sud chaude et ensoleillée pour tomber, en montagne, dans une tempête de neige. Région désolée de seize kilomètres carrés, Paul da Serra n'est fréquenté que par quelques troupeaux de moutons. Et la brume qui y règne souvent donne à ce lieu étrange des airs de paysages écossais. On rejoindra la route Ribeira Brava – Sao Vicenze en passant par le col d'Encumeada, le point le plus élevé avant de rejoindre Funchal.

Le Reid's a conservé le rite traditionnel du thé ...

Les photos jaunies exposées dans les vitrines du célèbre hôtel Reid’s, fondé par l’Ecossais, William madereReid, en1887, témoignent de l’engouement que suscitait cette île-montagne dont le sommet (Pico Ruivo) culmine à 1861 m (Crédit photo André Degon)
Vrai paradis de poche, ce qui frappe le plus à Madère, c'est le vert profond de la végétation et les lumières constamment changeantes.









Les vieilles Anglaises ont disparu, elles ont été remplacées par les marcheurs et les amateurs de botanique. Mais le Reid's a conservé le rite du traditionnel thé de cinq heures. Noblesse oblige.


André Degon
                                   

A voir absolument

De gauche à droite : Le jardin botanique de Funchal ; Une dentellière travaille dans la plus pure tradition de cette région du Portugal; Les carreiros (charretiers) promènent dans leur panier d'osier des touristes (Crédit photos André Degon)

 Funchal : le parc botanique (toute la flore de l'île y est rassemblée) ; le Jardim orquidéa (pépinières d'orchidées) ; la quinta da Cruzes (musée archéologique) ; le musée Frederico de Freitas (belle collection d'azulejos et de meubles) ; la quinta do Palheiro à 8 km au-dessus de la ville (riche diversité de plantes) ;  la demeure de Conzalves Zarco ; le musée d'art sacré (œuvres flamandes des XVe et XVIe siècles) ; la Sé de Madère, première cathédrale portugaise fondée outre-mer, intéressante pour ses plafonds mauresques de cèdre et d'ivoire ; le marché aux poisson,  la fabrique de broderie (maison Bordal).

Monte : (au-dessus de Funchal) : l’église Nossa senhora do Monte qui abrite le tombeau de l’empereur autrichien Charles Ier. Prendre le téléphérique. Les plus téméraires redescendront en ville avec les fameux traineaux en osier « conduits par des » carreiros littéralement « charretiers » qui pilotent leur engin avec dextérité et freinent grâce à leurs chaussures renforcés avec des semelles de…pneus.

Sao Vicente : les grottes et le centre de vulcanologie.

Porto Moniz : le centre culturel et scientifique.


Le vin de Madère

de gauche à droite : Vignobles en espaliers sur les côteaux de la région de Madère ; Cave des propriétaires Barros et Sousa ; Tonneaux où vieillissent les meilleurs vins de Madère (Crédit photos DR)
Les premiers plants furent importés de Chypre et de Crète par Zarco. Ce n'est qu'au XVIIe siècle que le Madère deviendra connu grâce au consul britannique, William Bolton, amateur éclairé et bien introduit auprès du roi George IV d'Angleterre. Peu apprécié des Français, sauf en cuisine, le vin de Madère est surtout commercialisé dans les pays anglo-saxons.

Quatre variétés sont produites :

Le Sercial : sec, originaire de plants de Riesling. A boire frais en apéritif.
Le Verdelho : mi-sec, à la robe ambre et au bouquet subtil.
Le Malvoisie : provenant de ceps crétois. Rond et parfumé au goût de miel, c'est un vin de dessert.
Le Boal : puissant et riche,  le plus complet et le plus équilibré des quatre.
Ce vin à l'étonnante longévité, obtenu par coupage et vieilli en fûts, se boit vieux – on connaît l'expression madérisation – Le plus vieux de la célèbre Madeira wine company (visite et dégustation, à Funchal) date de ...1792.

A visiter la cave Artur de Barros e Sousa, 109, rua dos Ferreiros. Deux frères qui travaillent à l’ancienne. Une belle découverte.
                                 


Plus d'infos

Funchal, PLace de la mairie. Au fond l'église Saint Jean l'Evangeliste et á droite le tribunal.(Crédit Photo André Degon)
Office du tourisme du Portugal 
01 56 88 31 90
www.visitportugal.com (cliquer sur Idioma pour la lecture en Français).
                                            
Où randonner 
www.madeira-live.com/fr/levada-walks.html

Où séjourner

On trouve un grand nombre de chambres d’hôtes et de gîtes à Madère.
Se renseigner auprès de l’office de tourisme.
www.madeirarural.com/fr/ ..


Un coup de cœur pour l’endroit (pas pour la restauration) : la pousada Vinhàticos au cœur de l’ile. Choisir impérativement les chambres en bois (log cabins) : vue époustouflante sur la montagne.
www.dorisol.com/fr/dorisol-pousada-dos-vinhaticos/hotel.html






Se restaurer à Funchal

Pas vraiment réputée pour sa gastronomie, l’île offre néanmoins dans sa capitale beaucoup de petits restaurants traditionnels fort sympathiques. Une préférence pour le restaurant Cidade Velha (vieille ville), 21 rua Portao Sao Tiago. Belle terrasse dans un quartier traditionnel. Près du musée d’art contemporain et du fort Santiago.  www.restaurantecidadevelha.com
                                     
y aller

La compagnie nationale portugaise TAP propose des vols depuis Paris à partir de 271 euros.
www.flytap.com/France/fr/PageDAccueil
 
La compagnie Transavia, low cost d’Air France propose des vols à partir de 180 euros.
www.transavia.com/hv/fr-FR/accueil?gclid=CM3CmIPo1LoCFUrJtAodagUAnA

Vue sur Funchal capitale de l'île de Madère avec au loin les silhouettes des îles Desertas. (Crédit photo Voyage la Parenthèse)


07/01/2014
André Degon




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