Culture

Quelques belles expos à découvrir dès que possible...!

A la veille des fêtes de fin d'année nombre de grands musées attendent leur réouverture prévue initialement le 15 décembre. Mais la pandémie omniprésente oblige, pour l'instant, toute réserve d'ouverture. Attendons les jours meilleurs.. Pour vous faire patienter un peu voici un avant-goût des expositions à voir, dès que possible, en famille.

Par Catherine Gary



La Tristesse du roi, 1952.j© Succession H. Matisse

De gauche à droite - Señor de las limas.Site de Las Limas, État du Veracruz, Mexique et Tête monumentale 4. Site de Las Limas, État du Veracruz, Mexique @ Les Olmèques et les cultures du Golfe du Mexique. Au Musée du Quai Branly-Jacques Chirac
Les Olmèques et les cultures du Golfe du Mexique.
Au Musée du Quai Branly-Jacques Chirac

Cette exposition exceptionnelle présente pour la première fois en Europe plus de 300 pièces d’une civilisation qui s’est déployée jadis au sud du Mexique sur les sites de San Lorenzo puis de La Venta et dont il reste des vestiges spectaculaires.

Moins connue que les civilisations de Teotihuacan, les Mayas, les Aztèques, les Toltèques ou les Zapotèques qui font la si grande richesse patrimoniale du pays, la culture Olmèque (1600 à 400 av. J.-C.) garde encore ses mystères. Des rudiments d’écriture restent cependant à déchiffrer et on s’interroge encore sur l’usage de ces grosses balles en caoutchouc semblables à celles du jeu de pelote pratiqué comme un rite sacré par les autres cultures mésoaméricaines.

Quelques pièces remarquables donnent une idée de la spécificité de cette culture lointaine et en particulier une tête colossale découverte en 1946. Elle mesure 1,80 m et son nez épaté, ses lèvres charnues font penser aux moues d’un bébé. De nombreuses autres têtes géantes ont été mises à jour par la suite. Autre chef d’œuvre à admirer, ce Señor de las Limas, un humain assis en tailleur qui tient un bébé-jaguar endormi dans ses bras. Le parcours de l’exposition permet d’admirer successivement les œuvres trouvées sur les sites de San Lorenzo et de La Venta, les mythes figurés par les différentes sculptures, une certaine forme d’écriture, une façon de compter le temps long qui rappelle en moins précis celui des Mayas. Une section traite des hommes, des femmes et des divinités ainsi que des symboles du pouvoir, une autre expose les offrandes reflétant leurs croyances et leurs mythes. Dans cette région de fleuves, de rivières et de lagunes, les déplacements ont facilité par l’eau les interactions avec les peuples voisins. Comme avec les Huastèques dont la culture, l’une des plus intéressantes de la région, s’exprime dans une statuaire d’une très grande beauté.

Affiche de l'exposition @ DR

Les Olmèques et les Cultures du Golfe du Mexique






Musée du Quai Branly-Jacques Chirac
Jusqu’au 21/07/2021





www.quaibranly.fr

De gauche à droite - De Chirico Portrait (prémonitoire) de Guillaume Apollinaire.© ADAGP, Paris 2020 et De Chirico Il ritornante © ADAGP, Paris, 2020
Giorgio de Chirico. La peinture métaphysique
Au Musée de l’Orangerie


Le mystère qui se dégage de la juxtaposition inattendue des figurations bouscule notre raison et nous projette en un temps où antiquité et modernité coexisteraient dans un univers onirique, énigmatique fascinant.

L’architecture antique à l’italienne avec arcades, colonnes et statues y est traversée de trains barrant l’horizon, de motifs inanimés et d’objets insolites peints dans un style classique. Mannequins, corps réifiés, prothèses, accessoires de soin sont autant de références caustiques aux années bouleversées par la guerre. On pourrait qualifier ces scènes parfois inquiétantes de surréalité si le terme ne prêtait à confusion avec le Surréalisme, un mouvement auquel Chirico n’a jamais appartenu. En fait, c’est le terme “métaphysique“ qui lui convient et qu’il revendique.
 
Giorgio de Chirico, Italien né en Grèce, vit à Munich avant d’arriver à Paris en 1911. Il y reste pour un premier séjour jusqu’en 1915 avant de retrouver l’Italie. Pas étonnant que Guillaume Apollinaire soit frappé par cet artiste qui se déclare en faveur de “l’abolition du sens en art“ et situe ses maîtres du côté de l’Ecce Homo de Nietzsche et des Illuminations de Rimbaud. Sa singularité est saluée aussi par André Breton, pape du Surréalisme, remarquée par Picasso, soutenue par la galerie Paul Guillaume qui l’expose avec succès. Très tôt Chirico qualifie sa peinture de “métaphysique“.  « Dans le mot métaphysique je ne vois rien de ténébreux. C’est cette tranquille et absurde beauté de la matière qui me paraît “métaphysique“….

L’exposition s’attache à mettre en avant l’importance de ses cinq années parisiennes, fondamentales dans l’élaboration de cette œuvre énigmatique. Elle insiste sur les liens de Chirico avec les artistes et les écrivains de l’époque ce qui permet d’élargir le paysage culturel d’une époque où les échanges entre peintres et intellectuels étaient particulièrement féconds.

Giorgio de Chirico. La peinture métaphysique au Musée de l’Orangerie @ DR
Giorgio de Chirico. La peinture métaphysique




Musée de l’Orangerie
Une exposition organisée par les musées d’Orsay et de l’Orangerie
ainsi que par la Hamburger Kunsthalle de Hambourg




Jusqu’au 13/07/2021







www.musee-orangerie.fr

Les tapis rouges, 1906 © Succession H. Matisse
Matisse, comme un roman
Au Centre Georges Pompidou


Cet hommage rendu à Matisse (1869-1970) à l’occasion des 150 ans de sa naissance est un événement à la hauteur de l’homme et de son œuvre. Le concept et le titre de l’exposition est inspiré du livre “Henri Matisse, roman“ qu’Aragon, ami et admirateur, lui consacra en confrontant son travail d’écrivain et de poète à celui du peintre dont il fit le portrait.

L’exposition propose ainsi une présentation de 230 œuvres et 70 documents et archives de façon chronologique comme on parcourt les différents chapitres d’un livre. Peu d’œuvres venues des États-Unis ou de Russie mais des prêts de la famille, du musée de Grenoble et des musée Matisse de Nice et de Cateau-Cambrésis. De quoi admirer quelques chefs d’œuvre.

Matisse apprend le métier à l’Académie Julian puis à l’atelier de Gustave Moreau tout en visitant les grands maîtres du Louvre. Au départ, il se mesure à la sculpture, au dessin, à la gravure, mais c’est avec l’explosion heureuse du fauvisme que se révèle l’importance de la couleur incluant le noir, autre couleur. Elle restera présente jusque dans les papiers collés des dernières années. Sensible à la lumière il voyage en Bretagne, en Corse, dans le midi et à l’étranger et cherche aussi l’inspiration dans la simplification des formes des arts dits “primitifs“ sans aller jusqu’à l’abstraction des cubistes. Grand admirateur de Cézanne, il travaille le paysage mais aussi le portrait. On admire dans l’exposition ses multiples inspirations dont quelques intérieurs avec ou non des fenêtres grandes-ouvertes sur le jardin ou la mer. L’exposition se vit comme une initiation heureuse à la lumière et à la couleur dans une évolution constante des formes, des motifs et des techniques. Jamais statique, Matisse n’aura cessé de renouveler son langage pictural tout en restant attentif au travail des autres grands artistes de son temps. « L’importance d’un artiste se mesure à la quantité de nouveaux signes qu’il aura introduits dans le langage plastique »

Affiche de l'exposition... @ DR
Exposition Matisse, comme un roman




Centre Pompidou







Jusqu’au 22 février 2021












www.centrepompidou.fr

De gauche à droite - SPilliaert Plage marée basse.© droits réservés et Spilliaert femme au bord de l'eau photo © Cedric Verhelst
 Léon Spilliaert (1881-1946). Lumière et solitude
Au Musée d’Orsay


Cette exposition n’est pas une rétrospective mais plutôt une mise en avant des années 1900-1919, comme une immersion dans l’ambiance hallucinée des tableaux du peintre sous le signe du symbolisme et de l’expressionisme.

Cette période a été choisie car elle correspondant à un moment clé dans cette œuvre empreinte de mélancolie et d’angoisse existentielle faisant écho à celle d’Edvard Munch. Spilliaert s’est imprégné des paysages du nord des Pays-Bas proches de la ville d’Ostende où il a vécu quasiment toute sa vie. Les côtes y sont balayées par le vent sous des ciels de plomb, miroirs de ses états d’âme. Quelques figures, prises dans les intempéries du pays natal reflètent ses angoisses existentielles en ces années qui voient l’importance croissante de la psychanalyse mais sont aussi marquées par le tragique de la Première de guerre mondiale.

Spilliaert est autodidacte en peinture et ce sont plutôt les écrivains, ses contemporains, qui l’inspirent. Maurice Maeterlinck, Émile Verhaeren, Edgar Allan Poe… Il travaille beaucoup sur papier en utilisant des techniques graphiques variées, crayon, fusain, pastel, aquarelle ou encre de Chine, cette dernière lui permettant de jouer sur la transparence voire la noirceur traduisant bien cette mélancolie qui l’habite.  Le musée d’Orsay expose environ 90 œuvres, la plupart sont prêtées par des musées belges et américains. Parmi les quatre conservées dans ses collections notons de paysages nocturnes et un autoportrait révélateur de l’âme du peintre.

Affiche de l'exposition et autoportrait de Spilliaert. @ DR
Exposition Léon Spilliaert (1881-1946).


Lumière et solitude








Au Musée d’Orsay






Jusqu’au 10 janvier 2021





www.musee-orsay.fr/


08/12/2020
Catherine Gary




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