Culture

Rodez : Ouverture du musée Soulages

Le musée Soulages vient d’ouvrir à Rodez. Désormais pour l’ancienne capitale du Rouergue, il y a un avant et un après Soulages. Cet événement va doper l’économie touristique de la région et c’est tant mieux. Il aura fallu dix ans pour monter ce projet : abriter la donation hors du commun que Colette et Pierre Soulages ont consenti à la ville natale de l’artiste. Nul doute que la communauté du Grand Rodez a fait un bon choix en s’investissant dans cette réalisation.

Par André Degon



Musée Soulages à Rodez, un évènement  qui va doper l'économie touristique de la région (© photo OT Rodez)
Musée Soulages à Rodez, un évènement qui va doper l'économie touristique de la région (© photo OT Rodez)
En haut de l’avenue Victor-Hugo, à l’angle de la rue de l’Abbé-Bessou, il fait bon s’asseoir au soleil matinal à la terrasse du Café Broussy, face à la cathédrale.

Trois jours auparavant, le lieu n’était pas aussi calme. Des intermittents, des précaires, des membres de la Confédération paysanne manifestaient à l’occasion de la venue du président de la République pour l’inauguration du musée Soulages. La propriétaire du café en est encore toute retournée : « Vous pensez, je les connais tous, ce sont de bons gars. Il fallait vraiment tous ces CRS dans cette belle rue ? ».  L’avenue Victor-Hugo a effectivement changé d’aspect pour l’ouverture du musée Soulages : trottoirs élargis, pavés changés, mobilier urbain du dernier chic, place d’Armes aménagée, agrandie. Bref Rodez a dépensé 10 millions pour se refaire une beauté. Désormais l’ancienne capitale du Rouergue est sortie de la « clandestinité » grâce à Soulages, l’enfant du pays. Comme à Bilbao, toute proportion gardée, avec le musée Guggenheim, Rodez est en train de se construire une image de ville-musée pour le plus grand bonheur des musées Fenaille et Denys-Puech qui vont bénéficier de la notoriété du grand frère.

Les vitraux de Conques

En 1986, l’Etat en la personne de Jack Lang, alors ministre de la Culture demande à Pierre Soulages de réaliser des vitraux pour l’abbatiale Sainte-Foy de Conques. (© O.T. Rodez)
En 1986, l’Etat en la personne de Jack Lang, alors ministre de la Culture demande à Pierre Soulages de réaliser des vitraux pour l’abbatiale Sainte-Foy de Conques. (© O.T. Rodez)
L’histoire du musée Soulages commence à Conques, petit village à une quarantaine de kilomètres au nord de Rodez. D’abord l’homme.

A 94 ans, Pierre Soulages natif de Rodez, est l’artiste français le plus coté au monde sur le marché de l’art contemporain. C’est le peintre du noir vu comme une couleur à part entière. Sa dernière toile s’est vendue plus de cinq millions d’euros. Son œuvre est présente dans près de quatre-vingt-dix musées dans le monde. En 1986, l’Etat en la personne de Jack Lang, alors ministre de la Culture demande à Pierre Soulages de réaliser des vitraux pour l’abbatiale Sainte-Foy de Conques. Pierre Soulages connaît bien Conques : « Lorsque j’ai eu quatorze ans, c’est devant l’abbatiale de Conques que j’ai décidé que, seul, l’art m’intéressait dans la vie… Conques est le lieu de mes premières émotions artistiques ».

C’est cet amour pour ce lieu et cet édifice qui incite l’artiste à accepter la proposition du ministre qui souhaitait décrocher les vitraux très (trop) colorés qui avaient été mis en place sous Vichy et les remplacer par un projet moderne.

Pour Pierre Soulages, il s’agit de rechercher une qualité de lumière adaptée à l’édifice. Pendant près de huit ans, il travaille sans relâche avant de trouver ce qu’il cherchait,  un verre qui soit translucide et non transparent, traversé par la lumière mais opaque. Les 104 vitraux de l’abbatiale sont posés en 1994. Dans le village, la réaction est mitigée, des habitants insultent l’artiste. Il faudra vingt ans pour que ses détracteurs admettent qu’ainsi éclairée, l’abbatiale est encore plus belle, servie par une lumière idéale pour la pierre.

Les origines du musée

De gauche à droite : Les cartons de Conques et les Outrenoirs de Pierre Soulages (© Photos musée-soulages à Rodez)
De gauche à droite : Les cartons de Conques et les Outrenoirs de Pierre Soulages (© Photos musée-soulages à Rodez)
Il faut aller chercher la raison du musée de Rodez à Conques puisqu'au départ l’idée était d’y déposer la totalité des travaux préparatoires à la réalisations des vitraux.

Notamment les cartons grandeur natures qui servirent à leur réalisation, les notes et dessins, les témoignages de la recherche artistique et technique, à savoir la mise au point d’une verre particulier. En août 2004, l’Etat affirme son soutien à un tel musée. En 2005, Colette et Pierre Soulages enrichissent leur donation avec des peintures figuratives des « années d’avant » (1934-1938), des huiles sur toile, des peintures sur papier dont les fameux Brous de noix, la totalité de l’œuvre imprimée, trois bronzes et deux peintures incluses dans le verre. 2006 voit le lancement d’un concours de maîtrise d’œuvre et le 5 février 2008, le contrat de signature de maîtrise d’œuvre est signé entre la Communauté du Grand Rodez et l’agence catalane RCR Arquitectes. En 2012, une seconde donation de quatorze peintures sur toile et un Outrenoir viennent compléter la première. Au total près de cinq cent pièces, un fond unique représentant les trente premières années de la création de l’artiste.

Un homme va participer activement au projet avec le peintre et les architectes, Benoît Decron, médieviste, conservateur en chef du patrimoine et chef du projet.

Un projet culturel et scientifique que Soulages a accepté à  condition qu’un espace du musée soit consacré à la création contemporaine. Si la première exposition temporaire est consacrée aux Outrenoirs de Soulages jusqu’en octobre, les deux prochaines auront pour thème : de Picasso à Jaspers Johns de novembre à février et au printemps 2015, ce sera : Carte blanche au plasticien Claude Levêcque.

Une réalisation exceptionnelle

De gauche à droite : Le musée Soulages, un bâtiment résolument contemporain.( ©Photo O.T. de l'Aveyron); Pierre Soulages pose dans une des salles du musée ou la lumière est dispensée en fonction de ses oeuvres (© photo JM Kiener); brou de noix (© CR musée Soulages);Lithographie N°29-Donation Pierre et Colette Soulages. (© CR musée Soulages -Rodez)
De gauche à droite : Le musée Soulages, un bâtiment résolument contemporain.( ©Photo O.T. de l'Aveyron); Pierre Soulages pose dans une des salles du musée ou la lumière est dispensée en fonction de ses oeuvres (© photo JM Kiener); brou de noix (© CR musée Soulages);Lithographie N°29-Donation Pierre et Colette Soulages. (© CR musée Soulages -Rodez)
Le musée Soulages est un bâtiment résolument contemporain. Le concept a suivi les desiderata de l’artiste, notamment en ce qui concerne la lumière dispensée en fonction des œuvres dans des volumes dédiés.

Lieux obscurs et protégés pour les papiers (Brous de noix, œuvres imprimées), hautes « boîtes » pour les peintures et les cartons des vitraux de Conques sous une lumière zénithale. RCR Arquitectes, Passelac en collaboration avec Roques Narbonne, architectes associés ont conçu, selon les mots de Pierre Soulages, un musée « inhabituel » non seulement pour son projet, à savoir la mise en évidence du processus de création, mais aussi par la conception. Le bâtiment est une suite de volumes parallélépipédiques avec des intervalles de verre rappelant les fenestras aveyronnaises. Le revêtement est un bardage d’acier Corten qui se patine en s’oxydant, déposant une couche de rouille protectrice de couleur rousse proche du grès rose de Rodez.

A l’intérieur, certains sols sont traités en acier sur lesquels reposent des murs blancs ou noirs selon la destination des salles.

Une totale réussite puisqu’il s’agit d’un bâtiment construit autour et pour une œuvre. Ce qui est, somme toute, unique. Le cheminement dans le musée est libre, laissé au libre choix du visiteur qui découvrira ainsi « les années d‘avant », les Brous de noix et les peintures sur papier, les peintures sur toiles, l’œuvre imprimée (sérigraphies, lithographies, eaux-fortes), les cartons de Conques. En exposition temporaire vingt-et-un Outrenoirs de grands formats prêtés par des musées et de fondations européennes. C’est en 1979 que Pierre Soulages invente le « noir-lumière » qui deviendra l’Outrenoir, où « le noir devient émetteur de clarté, de lumière secrète ». Le peintre travaille sa pâte monopigmentaire à l’aide de brosses ou de lames. La matière est superposée ou arrachée, lissée ou scarifiée. Le reflet lumineux lui donne vie. Jusqu’au 5 octobre, le visiteur aura la chance de découvrir ces Outrenoirs. Désormais Rodez rentre dans la liste des 90 musées dans le monde qui accueillent l’œuvre de Pierre Soulages.

Plus d'infos

Haut à gauche : Le Mercure de Rodez (© photo DR);  A droite l'Entrée de L'Hostellerie de Fontanges ( © photo DR); En bas à gauche : l'Aubrac à Rodez (© photo DR); à droite Le Café Bras situé à l'intérieur du musée Soulages dans le respect du noir et blanc chers à l'artiste (© photo ch.Bousquet)
Haut à gauche : Le Mercure de Rodez (© photo DR); A droite l'Entrée de L'Hostellerie de Fontanges ( © photo DR); En bas à gauche : l'Aubrac à Rodez (© photo DR); à droite Le Café Bras situé à l'intérieur du musée Soulages dans le respect du noir et blanc chers à l'artiste (© photo ch.Bousquet)
Où séjourner

Mercure Rodez Cathédrale
1, avenue Victor-Hugo.
Tel. : 05 65 68 55 19.

Le Mercure de Rodez n’est en fait que le Grand Hôtel Broussy totalement rénové. Les propriétaires ont gardé l’entrée et les salles du bas Art Déco qui font tout le charme de cet établissement. Chambres, autour de 100 euros selon saison.
Ne pas hésiter à s’attarder au café du même nom, à côté,  style Art Déco également avec ses ferronneries et ses banquettes rouge. On peut lire sur une plaque « Le poète Antonin Artaud, interné à l’asile de Paraire de 1943 à 1946, venait au Café Broussy à cette place lors de ses promenades dans Rodez. » En plus le café est excellent et l’accueil chaleureux.

Hostellerie de Fontanges
route de Conques.
Tel. : 05 65 77 76 00.
Grand établissement dans une belle construction datant du XIIe siècle dans un beau parc, proche de Rodez. Piscine, sauna, remise en forme, golf à proximité. Chambres (2 pers.) : de 72 euros à 188 euros (appartement). Belle table. Menus de 21 euros (deux plats, midi) à 63 euros (cinq plats).
 
Se restaurer à Rodez

L’Aubrac
8, place de la Cité.
Tel. : 05 65 72 22 91.
Bon restaurant traditionnel genre tête de veau, saucisse aligot, chou farci, viandes rouges… Attention portions confortables. Chichiteux s’abstenir ! Menus 21,50  (trois plat) et 29 euros (quatre plats).Menu express : 14,50 euros (trois plats).

Le Café Bras,
dans le musée Soulages, jardin du Foirail.
Tel. : 05 65 68 06 70.
Le célébrissime Michel Bras a donc ouvert avec son fils Sébastien un restaurant dans le musée Soulages, et c’est tant mieux. Deux formules : Côté comptoir à toute heure pour un tripous, des œufs brouillés, une charcuterie ou un gâteau ; côté restaurant, trois plats 29 euros, un bonheur de délicatesse avec de superbes produits. Exceptionnel carré de porc au jus de viande cuit longuement d’une tendresse étonnante. Beau choix de petits vins comme le vin de table Blanc de blancs, Domaine du Cros et le Pécharmant, Domaine de l’Ancienne cure 2011.
 

En haut : La Cathédrale Notre-Dame de Rodez (© Photo DR); En bas à gauche : Musée Fenaille, statue-menhir (© photo DR); 2/Musée Denys-Puech.. datant du début du XXe siècle et qui porte le nom du sculpteur né à Bozouls près de Rodez (© photo DR); 3/ L'abbatiale à Conques célèbre pour son tympan et les vitraux de Pierre Soulages (© photo DR)
En haut : La Cathédrale Notre-Dame de Rodez (© Photo DR); En bas à gauche : Musée Fenaille, statue-menhir (© photo DR); 2/Musée Denys-Puech.. datant du début du XXe siècle et qui porte le nom du sculpteur né à Bozouls près de Rodez (© photo DR); 3/ L'abbatiale à Conques célèbre pour son tympan et les vitraux de Pierre Soulages (© photo DR)
A Rodez

La cathédrale Notre-Dame de Rodez...
D’architecture gothique (XIIIe-XVIe siècles), cette cathédrale d’aspect sévère, construite en grès rose, a la particularité d’avoir été incorporée dans les remparts.

Musée Fenaille,
14, place Raynaldy.
Tel. : 05 65 73 84 31.
Musée à visiter pour les fameuses statues-menhir, figures anthropomorphes datant du IIIe millénaire A.J.-C., si chères à Soulages, les plus anciennes représentations de l’homme en Occident.

Musée Denys-Puech..
place Clémenceau.
Tel. : 05 65 77 89 60.
Ce musée des Beaux Arts datant du début du XXe siècle et qui porte le nom du sculpteur né à Bozouls près de Rodez est consacré à la sculpture, notamment contemporaine depuis les années 80.

A Conques
Dans ce village classé parmi les Plus Beaux Villages de France, l’abbatiale, inscrit au patrimoine de l’humanité par l’Unesco, chef d’œuvre de l’art roman des XIe et XIIe siècles est réputée pour son tympan et ses vitraux de Pierre Soulages.
A visiter, notamment les tribunes avec un guide pour être au plus près des vitraux et avoir une vision unique de l’abbatiale. Voir également le trésor d’orfèvrerie du Moyen-âge le plus riche de France et le pont des pèlerins de Saint-Jacques de Compostelle.
 
A lire 

Les ateliers de Soulages
de Michel Ragon,
Albin Michel, Idées, 160 pages, 12,20 euros.
Michel Ragon lié d’amitié avec Pierre Soulages a suivi le travail de l’artiste depuis sa première exposition en 1949. Témoignages, souvenirs et entretiens, il s’agit de la plus complète monographie sur Soulages.
 
Pour en savoir plus

Musée Soulages
avenue Victor-Hugo.
Tél. : 05 65 68 60 30/05 65 73 82 44


Office de tourisme du Grand Rodez.  Tél. : 05 65 75 76 77
Comité départemental du tourisme..  Tél. : 05 65 75 55 75
Office de tourisme de Conques.        Tél. : 05 65 72 85 00.

A voir : http://youtu.be/mgTO_FhArlY
 

Lors de l'inauguration du musée qui lui est dédié à Rodez, Pierre Soulages pose dans l'une des salles immaculée où la lumière douce diffuse toute une gamme de blancs (© Photo musée-soulages-Rodez)
Lors de l'inauguration du musée qui lui est dédié à Rodez, Pierre Soulages pose dans l'une des salles immaculée où la lumière douce diffuse toute une gamme de blancs (© Photo musée-soulages-Rodez)


29/07/2014
André Degon





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