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Reportage

Angers : une tour au sommet

Hissez haut ! La forteresse d’Angers vient de prendre de la hauteur avec l’ouverture au public de sa plus vénérable tour féodale, point culminant de la ville. De quoi justifier la (re)découverte de ce château avec vue

Par Richard BAYON.



Telle une sentinelle sur l’enceinte urbaine, la forteresse conjugue deux architectures qui s’imbriquent l’une dans l’autre : la forteresse de Saint Louis et le château des ducs d’Anjou.
Telle une sentinelle sur l’enceinte urbaine, la forteresse conjugue deux architectures qui s’imbriquent l’une dans l’autre : la forteresse de Saint Louis et le château des ducs d’Anjou.
Et si, des dix-sept tours massives de la forteresse d’Angers, il devait n’en rester qu’une, ce serait celle-là. La plus ancienne et la plus haute ! Culminant à flanc de falaise, à 40 mètres au-dessus de la Maine, la tour dite « du Moulin » offre une vue panoramique sur la capitale du doux Anjou. Le regard y embrasse à la fois la forteresse, la cathédrale, la cité historique et les quartiers contemporains, soit huit siècles d’histoire. Quatre-vingt-trois marches mènent à ce belvédère d’exception, enfin ouvert à la visite à l’issue d’un chantier de restauration d’ampleur de son rempart nord.

Dans la Tour du Moulin, ouverte à la visite depuis septembre, un diaporama rappelle qu’elle abrita un moulin « tournant et virant ». Édifié en 1593, il fut démonté en 1620… mais garda son nom. On est donc là au sommet de la forteresse construite au XIIIe siècle par la reine Blanche de Castille et son fils le futur Saint-Louis, ce site, berceau de l’histoire angevine, présentant une histoire singulière. Peu de monuments concentrent en effet autant d’histoires en un même lieu. Palais, forteresse, résidence princière, prison d’État et désormais domaine national, le château d’Angers n’a cessé de se réinventer tout en demeurant un lieu stratégique et symbolique.

Au milieu du XIVe siècle, la forteresse, tout en conservant son rôle défensif, devient ainsi l’une des résidences des ducs d’Anjou, princes de sang royal parmi les plus puissants et les plus influents de leur temps. Pendant près de deux siècles, le château connaît alors son âge d’or et accueille une brillante vie de cour qui rayonne par ses alliances et ses commandes artistiques dans toute l’Europe. Ces « princes des fleurs de lys » rivalisent avec les plus grandes cours d’Europe par leur richesse, leur mécénat et leurs ambitions politiques. Ce fut au XVe, sous le règne du « bon roi René », que la vie de cour atteint son apogée, son château étant devenu un lieu de culture, de création et d’innovation.

C’est à cette dynastie qu’il doit son plus précieux trésor : la Tapisserie de l’Apocalypse. Cette œuvre monumentale (103 m et 140 à l’origine), aux allures de bande dessinée, est aujourd’hui la plus grande tapisserie médiévale conservée au monde. Offrant une plongée stupéfiante dans le monde de la pensée médiévale, elle relate les visions de saint Jean décrivant les épreuves traversées par l’humanité avant l’avènement de la Jérusalem nouvelle. Réalisée en pleine guerre de cent ans, elle n’est toutefois pas que la mise en images du dernier livre de la bible, mais aussi un témoignage de son époque. De conflits en famines et tremblements de terre, elle en décrit les crises, alors que la Tapisserie de Bayeux raconte la naissance du monde. Bayeux et Angers peuvent être vus comme le début et la fin d’une même histoire, celle qui lie la France et l’Angleterre du Moyen-Âge.
 

Œuvre monumentale aux allures de bande dessinée, la Tapisserie de l’Apocalypse est aujourd’hui la plus grande tapisserie médiévale conservée au monde
Œuvre monumentale aux allures de bande dessinée, la Tapisserie de l’Apocalypse est aujourd’hui la plus grande tapisserie médiévale conservée au monde
Véritable prouesse artistique et technique, inscrite au registre Mémoire du monde de l’Unesco, cette Apocalypse mérite à elle seule la visite de ce haut-lieu du Val de Loire, qui s’enorgueillit en outre de la plus ancienne herse de France et d’un chemin de ronde de 500 m de long. Le monument est par ailleurs doté d’une biodiversité remarquable, sur 3 ha d’espaces paysagers et de milieux variés, avec pas moins de 326 espèces. Le talus arboré évoque ainsi l’univers du roi René et de ses nombreuses possessions méridionales, que rappellent micocouliers, lilas ou genets. Le jardin suspendu sur le rempart nord évoque, quant à lui, les jardins des simples du Moyen-Âge, certaines espèces, de garance en acanthe, dialoguant avec la tapisserie.

Site le plus visité du Maine-et-Loire, avec 326 000 entrées en 2025 (dont 33% d’étrangers), le domaine fait aussi valoir cet automne son exposition « Heroic ». Laquelle, dans le logis royal, aborde les thèmes clefs qui ont traversé le temps en explorant les liens entre les récits du Moyen-Âge et les grandes sagas ou jeux vidéo d’aujourd’hui, en passant par le revival médiéval du XIXe. Mettant en scène des figures stéréotypées, tels le souverain visionnaire, l’intrépide guerrière, le chevalier solitaire et la communauté en quête, l’évocation de ces héros et héroïnes s’inscrit à merveille dans le médiévalisme ambiant.

Située au coeur de la ville, la Maison d’Adam s’élève sur six niveaux depuis 1491. Elle est l’un des joyaux d’une ville particulièrement patrimoniale.
Située au coeur de la ville, la Maison d’Adam s’élève sur six niveaux depuis 1491. Elle est l’un des joyaux d’une ville particulièrement patrimoniale.
On aura compris que le château d’Angers justifie à lui seul une échappée belle dans cette ville à la fois vivante et paisible, d’autant plus que son architecture de schiste, tuffeau et ardoise invite à une délicieuse promenade, digne de cette « gastronomie de l’œil » dont parlait Balzac. De bâtisses médiévales en demeures Renaissance et hôtels du XIXe, l’histoire y a vraiment pignon sur rue, de la ville haute aux bords de la Maine, face à laquelle des halles gourmandes ont été récemment conçues pour la bonne bouche.

Première ville verte de France en 2023 et sacrée première des villes où il fait bon vivre en 2022, 2023 et 2024, l’ex-Juliomagus a certes perdu sa couronne en 2025, mais elle n’en reste pas moins, à la deuxième place, la capitale de la célèbre « douceur angevine » vantée au XVIe siècle par l’illustre poète Du Bellay : ici est douce France, ici est bonne France.

De la Tour du Moulin, la plus haute de la forteresse et le point culminant de la ville, à 40 m au-dessus de la Maine, une vue à 360° révèle la beauté de la ville du « bon roi René ».
De la Tour du Moulin, la plus haute de la forteresse et le point culminant de la ville, à 40 m au-dessus de la Maine, une vue à 360° révèle la beauté de la ville du « bon roi René ».
De la Tour du Moulin, la plus haute de la forteresse et le point culminant de la ville, à 40 m au-dessus de la Maine, une vue à 360° révèle la beauté de la ville du « bon roi René ».


Plus d’infos
www.chateau-angers.fr
https://www.monuments-nationaux.fr
 


17/10/2026
Richard BAYON





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