Reportage

Bruxelles, capitale de l'Art nouveau

A cheval entre le XIXe et le XXe siècle, l'Art nouveau aura vécu une courte période, une vingtaine d'année, mais marqué, comme Vienne ou Barcelone, la ville de Bruxelles. Ce style, qui influença architecture et arts décoratifs, témoigne d'une époque éphémère.

Par André Degon



Bruxelles, capitale de l'Art nouveau
Certains ont disparu sous les coups de boutoirs du progrès urbain de l'après-guerre, d'autres ont survécu à l'indifférence des hommes jusqu'à ce qu'on les redécouvre dans les années 80. Aujourd'hui, quelques cinq cent édifices Art nouveau subsistent à Bruxelles. Les habitants ont pris conscience de leur importance. Patrimoine exceptionnel, ils sont le témoin d'une époque.


Quand Bruxelles s'enrichit
 
A la fin du XIXe siècle, la Belgique est alors la deuxième puissance économique après la Grande Bretagne.

Le pays rayonne dans le monde entier, particulièrement en Afrique. Une classe bourgeoise naît et s'enrichit. Et dans ce Bruxelles qui n’est qu’un immense chantier – Léopold II n’est-il pas surnommé le roi bâtisseur – ces nouveaux riches souhaitent se faire bâtir des demeures somptueuses. Certains choisissent l’ " Eclectisme ", un mélange de styles du passé, pour montrer leur culture et leur pouvoir, d’autres se tournent vers un élitisme progressiste, surtout chez les francs-maçons comme l’industriel Solvay ou l’ingénieur Tassel. Ils font partie de cette bourgeoisie industrielle ouverte aux idées d’avant-garde et qui va faire confiance à des architectes novateurs.

: Hôtel Ciamberlani, rue Defacqz. Architecte : Paul Hankar. photo -  sgraffite restauré. @ A.Degon
: Hôtel Ciamberlani, rue Defacqz. Architecte : Paul Hankar. photo - sgraffite restauré. @ A.Degon

Bruxelles - Hôtel Ciamberlani, rue Defacqz. Architecte : Paul Hankar. A noter les deux fenêtres de type mauresque. @ A.Degon
Bruxelles - Hôtel Ciamberlani, rue Defacqz. Architecte : Paul Hankar. A noter les deux fenêtres de type mauresque. @ A.Degon
L'influence de Viollet-Leduc
 


Victor Horta et Paul Hankar sont à l’origine de ce style qui commence à être à la mode : l'Art nouveau.

Influencés par Viollet Leduc, ils préconisent une utilisation vraie des matériaux et révolutionnent totalement l'esthétique des maisons en utilisant le vitrail, le bois, la mosaïque et la ferronnerie que l'on ne cache pas.

Au contraire, les structures de fer deviennent des objets décoratifs. Les points de tension entre deux éléments portant sont mis en valeur et doivent attirer l'œil. Influencé par le mouvement anglais Arts and Crafts qui prône l'artisanat et l'utilisation de motifs issus de la nature, Victor Horta insère dans ses dessins l'arabesque et le végétal.

L'usage des structures métalliques permet des audaces étonnantes comme les larges baies vitrées ou les escaliers suspendus. Il casse la sacro-sainte enfilade de trois pièces qui court de la façade au jardinet arrière.

Bruxelles -  Hôtel Van Eetvelde . @ A.Degon
Bruxelles - Hôtel Van Eetvelde . @ A.Degon

Maison Horta @Sofam 2016 - .et Hôtel Van Eetvelde, avenue Palmerston. Architecte : Horta. Le rez-de-chaussée (partie la moins noble) est en retrait par rapport à la façade. @ A.Degon
Maison Horta @Sofam 2016 - .et Hôtel Van Eetvelde, avenue Palmerston. Architecte : Horta. Le rez-de-chaussée (partie la moins noble) est en retrait par rapport à la façade. @ A.Degon
Le règne des architectes
 


On est loin du gothique et du néo-classicisme traditionnel. En 1893, après avoir réalisé une maison pour l'ingénieur Eugène Aurique et un hôtel particulier pour le professeur Emile Tassel, Horta devient célèbre.



Le Tout-Bruxelles éclairé le demande. Le puissant Ernest Solvay, les avocats Max Hallet et Emile Vinck, le critique d'art Sander Pierron, Edmond Van Eetvelde, secrétaire de l'Etat indépendant du Congo, font appel à lui. Dans son atelier de la rue Américaine, au 23, dessinateurs et sculpteurs travaillent sans relâche. Au numéro 25, le maître a construit sa maison.

Aujourd'hui, ces deux lieux sont devenus le musée Horta. C'est un bonheur de découvrir ce style étonnant où chaque réalisation est pensée avec une précision étonnante. Dès l'entrée, le ton est donné. Des panneaux coulissants en pitchpin peuvent se replier ou s'étendre au gré des besoins pour transformer la pièce. Derrière les cloisons, sur les trois étages, pièces et escalier pour les domestiques leur permettent de travailler sans gêner les propriétaires.

Bruxelles - intérieur de la maison de Paul Cauchie. @ A.Degon
Bruxelles - intérieur de la maison de Paul Cauchie. @ A.Degon

De gauche à droite - : Façade de la maison de l’architecte Paul Cauchie, rue des Francs. Intéressante pour ses sgraffites. et : Maison rue du Lac. Architecte Ernest Delune. Le motif géométrique se décline en pleine lune, demi-lune et quart de lune. @ A.Degon
De gauche à droite - : Façade de la maison de l’architecte Paul Cauchie, rue des Francs. Intéressante pour ses sgraffites. et : Maison rue du Lac. Architecte Ernest Delune. Le motif géométrique se décline en pleine lune, demi-lune et quart de lune. @ A.Degon
Tout est Art nouveau
 
Tout est rationnel, et l'habitation devient le cadre d'une expérience esthétique. Comme les autres demeures Art nouveau, la maison Horta est un décor.

On est en représentation. Attitude qui correspond tout à fait à l'époque. Véritable philosophie, l'Art nouveau exige un abandon total au style. Tout est Art nouveau : la façade, l'intérieur, le mobilier, la vaisselle, jusqu'aux dessins des vêtements des propriétaires dans certain cas.

Les arts décoratifs prennent une place prépondérante : orfèvrerie, bijouterie, céramique, verrerie sont indissociables de l'architecture. Chaque propriétaire veut une façade différente pour se singulariser.

De véritables œuvres d'art sont alors créées par les artistes et les artisans. La maison-atelier de Paul Cauchie construite en 1905 au 5, rue des Francs, en est un bel exemple. Influencé par Mackintosh et l'école de Glasgow, cet architecte-décorateur se démarque d'Horta, d’Hankar ou de Strauven et conçoit une maison au style dépouillé, géométrique, japonisant qu'il décore extérieurement de fresques : neuf muses exécutées selon la technique ancienne des sgraffites*.  A l'abandon dans les années 70, la maison Cauchie trouve deux sauveurs, amoureux du lieu, Guy et Léo Dessicy, qui en font l'acquisition en 1979. Ami intime et coloriste d'Hergé, Guy et sa femme restaurent la maison, sauvent les sgraffites et envisagent d'y aménager un musée Tintin avec l'appui d'Hergé. Le lieu se révélera trop petit et le musée prévu deviendra le Centre belge de la bande dessinée, qu'il fonde dans les locaux des anciens magasins Waucquez. Il en sera le président jusqu'à sa disparition en 2016.

Bruxelles - Hôtel Hannon, rue de la Jonction. Architecte Jules Brunfaut.@ A.Degon
Bruxelles - Hôtel Hannon, rue de la Jonction. Architecte Jules Brunfaut.@ A.Degon

De gauche à droite - Hôtel Hannon @ A.Degon
De gauche à droite - Hôtel Hannon @ A.Degon
La période de l'Art nouveau, éphémère, se terminera avec la première guerre mondiale.

Après le conflit, les mentalités ont changé, les coûts de construction sont trop élevés, les gens voyagent, découvrent l'Amérique et ses gratte-ciels aux lignes géométriques : le style art déco fait son entrée. Mais c'est une autre histoire.

                                              
* De l’italien graffiare qui signifie gratter, ce terme désigne une technique de décoration murale très ancienne à base de mortiers de couleur. Elle consiste à revêtir une surface d'un enduit clair puis à gratter en partie cet enduit encore humide afin de mettre au jour la première couche et, de cette façon,  créer un dessin.

Hôtel Hannon à Bruxelles - Escalier. @ A.Degon
Hôtel Hannon à Bruxelles - Escalier. @ A.Degon

A lire :

Bruxelles, capitale de l’Art nouveau
de Franco Borsi et Hans Wieser
chez Marc Vokar, Bruxelles. 385 pages.

Les sgrafittes à Bruxelles
Fondation roi Baudouin, 137 pages.
 

Bien visiter :

Explore Bruxelles regroupe cinq associations de tourisme culturel à thème qui organisent des tours de la ville. Elles sont à l’origine de la biennale Art nouveau.

 https://explore.brussels/fr/

Décor  escalier Hôtel Hannon à Bruxelles @ A.Degon
Décor escalier Hôtel Hannon à Bruxelles @ A.Degon
Plus d'infos






Office Belge de Tourisme Wallonie-Bruxelles.
Tel : 01 53 85 05 20.

Site :
https://walloniebelgiquetourisme.be/


Visit.brussels - Hôtel de Ville de Bruxelles
Grand-Place, 1000 Bruxelles
Tél. + 32 (0)2 513 89 40

e-mail
tourist@visit.brussels 
www.visit.brussels

Bruxelles -  maison Van Dyck, boulevard Clovis. Architecte : Gustave Strauven. La façade de 7,60 m s’articule en deux travées. La partie gauche se termine par un pignon de type gothique.. @ A.Degon
Bruxelles - maison Van Dyck, boulevard Clovis. Architecte : Gustave Strauven. La façade de 7,60 m s’articule en deux travées. La partie gauche se termine par un pignon de type gothique.. @ A.Degon
Les maisons et bâtiments Art nouveau à voir et à visiter en particulier :

le musée des Instruments de musique qui occupe les bâtiments de l’ancien magasin Old England. Architecte Paul Saintenoy.
Le musé Horta. Maison et atelier du célèbre architecte Victor Horta.
Le Centre belge de la bande dessinée (CBBD) situé dans les anciens magasins de textile de la maison Waucquez. Architecte Victor Horta.
La maison Cauchie célèbre pour ses sgraffites en façade et sa parenté avec les œuvres de Mackintosh et l'Ecole de Glasgow.
La maison Autrique restaurée et mise en scène par François Schuiten et Benoît Peeters. Architecte Victor Horta.
Site :
www.autrique.be
Hôtel Hanon. Un des plus beaux bâtiments d’angle Art nouveau. Architecte Jules Brunfaut. Belles fresques dans l’escalier. Décoration intérieure d’Emile Gallé. Abrite actuellement l’Espace photographique contretype.
Site :
www.contretype.org . .
Hôtel Solvay. Le plus prestigieux hôtel particulier de l’avenue Louise construit par Victor Horta, avec un budget illimité, pour l’industriel Armand Solvay. A voir au moment de la biennale en octobre pour l’intérieur. Un chef-d’œuvre compliqué à visiter. Se renseigner à Visit.brussels.
La maison Saint-Cyr. L’habitation la plus extravagante et la plus étroite de Bruxelles (quatre mètres de façade) construite pour le peintre Georges-Léonard de Saint-Cyr par Gustave Strauven, élève d’Horta.

Gastronomie

La meilleure frite

Sans conteste Antoine, gros kiosque au milieu de la place Jourdan. Le seul à la servir dans le traditionnel cornet. Dans les règles de l'art, la précuisson est faite à feu doux pour cuire, la repasse à température élevée donne la couleur et le croustillant. 2,80 euros le cornet normal avec un choix impressionnant de plus de trente mayonnaises et de sauces. A déguster sur le trottoir ou avec une bière au First, bistrot en face où l’on vous acceptera sans problème avec votre cornet.

Les meilleures moules

Aux Armes de Belgique, rue des Bouchers ou au T'kelderke, dans une cave sur la Grand-Place. Un conseil, ne prononcez jamais le mot de bouchot. Elevées dans des parcs, les moules viennent de Zélande. Elles sont grosses et charnues.


 

De gauche à droite - .Art Déco à l'Hôtel Hannon - Hôtel Hannon, rue de la Jonction. Architecte Jules Brunfaut.. Photo de droite -  mosaïque du sol de l’escalier. @ A.Degon
De gauche à droite - .Art Déco à l'Hôtel Hannon - Hôtel Hannon, rue de la Jonction. Architecte Jules Brunfaut.. Photo de droite - mosaïque du sol de l’escalier. @ A.Degon
Les meilleures gaufres


Chez Dandoy, une institution, rue Au beurre. Fondée en 1829, cette maison est également à l’origine du speculoos, biscuit à la base de cassonade de candi, de couleur brune, qui existe en figurines de différents formats.


Les meilleurs chocolats


En haut de l’affiche, Pierre Marcolini au 1 rue des Minimes, aux Sablons. Ce maître pâtissier qui a su s’exporter, notamment au Japon, ne connaît évidemment pas les graisses végétales autorisées par l’Union européenne.




Brasseries et restaurants avec décor Art nouveau :

Le Falstaff, rue Henri Maus près de la Bourse,
De Ultième hallucinatie, rue Royale Sainte-Marie.
 
                                     



 

La Villa - @ Grégory Halliday.
La Villa - @ Grégory Halliday.

A la Villa -  la chambre dite « salon » et le salon proprement dit. @ Grégory Halliday.
A la Villa - la chambre dite « salon » et le salon proprement dit. @ Grégory Halliday.
Où séjourner :





On trouve pléthore d'hôtels à Bruxelles à tous les prix, et le week-end les chambres dans les palaces peuvent être négociées (tous les fonctionnaires européens désertent la ville).


La Villa

Un grand coup de cœur pour cette exceptionnelle maison d'hôtes datant des années Art nouveau et totalement rénovée. Située au sud de la ville, c'est un véritable havre de paix  entouré de verdure où il fait bon se poser. Aucune fausse note. C'est l'endroit où il faut séjourner. Trois chambres, trois tailles de lit (140, 160 et 180), trois tarifs : 98, 110 et 130 euros.

La Villa,
64, rue Karrenberg,
1170 Bruxelles Boitsfort).
Tel. : 32 (0)477 739 322.


27/10/2020
André Degon





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